En 2025, les fonds publics consacrés à la coopération au développement ont chuté d’un quart. Il s’agit de la plus forte baisse jamais enregistrée en un an. Nous nous retrouvons ainsi dans la même situation qu’en 2015, lorsque le programme de développement durable à l’horizon 2030 a été adopté. Depuis lors, la pandémie de Covid, les guerres et les changements de gouvernement ont transformé le monde et l’ont rendu plus instable. Ces coupes budgétaires touchent des millions de personnes et compromettent la protection des biens publics globaux pour les années à venir.
L’année passée, les fonds publics consacrés à la coopération au développement par les pays de l’OCDE (APD) ont chuté pour s’établir à 174 milliards de dollars. Cela semble une somme considérable, mais elle est nettement inférieure à celle de 2024 et ne représente plus que 0,26% du revenu national brut (RNB) total des pays donateurs de l’OCDE. L’objectif de l’ONU de 0,7%, fixé dans les années 1970 et réaffirmé en 2015 lors de l’adoption commune de l’Agenda 2030 (ODD), s’éloigne de plus en plus.
L’OCDE parle d’un «recul historique», dont la responsabilité incombe principalement à l’administration Trump. La réduction de l’aide étrangère américaine en 2025 représente les trois quarts de la baisse mondiale. Mais d’autres grands pays donateurs procèdent également à des coupes importantes. Pour l’année en cours, de nouvelles réductions d’au moins 6% se profilent. Les analystes de l’OCDE parlent d’un choc pour l’ensemble du système de la coopération au développement.
Les conséquences dans le domaine de la santé sont immédiates
Les coupes budgétaires américaines n’ont pas été compensées par d’autres gouvernements. Au contraire, d’importants pays donateurs tels que l’Allemagne, la France, le Japon, le Canada et le Royaume-Uni ont eux aussi réduit leur coopération internationale. Au total, 26 des 34 pays membres de l’OCDE ont réduit leur budget. Seuls quelques pays ont augmenté leurs dépenses d’APD – quatre d’entre eux ont même dépassé l’objectif des Nations Unies de 0,7 % du RNB: le Danemark (0,72%), le Luxembourg (0,99%), la Norvège (1,03%) et la Suède (0,85%).
La Suisse fait partie des pays qui réduisent leur coopération internationale. Dans le même temps, elle réaffecte des fonds à l’aide à l’Ukraine. En conséquence, le soutien suisse en Afrique subsaharienne diminue d’environ un tiers. Comme cette région compte justement de nombreux pays les moins avancés (PMA), ces coupes budgétaires sont particulièrement dramatiques pour de nombreuses personnes qui vivent dans la pauvreté, souffrent de la faim et se retrouvent sans éducation ni perspectives. Entre-temps, les coupes budgétaires mondiales entraînent des conséquences alarmantes sur la santé des femmes et sur les décès dus à des maladies infectieuses qui pourraient être évités. Selon The Lancet, les coupes drastiques de l’agence américaine pour le développement USAid coûteront à elles seules jusqu’à 14 millions de vies, dont près de cinq millions d’enfants de moins de cinq ans.
L’aide humanitaire s’effondre littéralement
L’aide humanitaire, qui fait partie de la coopération internationale, a connu une baisse particulièrement marquée: par rapport à 2024, elle a chuté de 36% pour s’établir à 15 milliards de dollars en 2025. Cette baisse est préoccupante, d’autant plus que les besoins humanitaires mondiaux augmentent actuellement à un rythme alarmant. De nombreux conflits ne trouvent pas de solution diplomatique et les violations du droit international humanitaire restent de plus en plus souvent impunies.
La population civile et les travailleur·euses humanitaires sont directement pris·es pour cible, les écoles et les hôpitaux sont bombardés, la faim et les violences sexuelles sont utilisées comme armes de guerre. Les catastrophes climatiques et l’insécurité économique aggravent la situation, ce qui fait grimper le nombre de personnes déplacées et aggrave la crise alimentaire mondiale. À elle seule, la guerre en Iran pourrait plonger 45 millions de personnes supplémentaires dans une famine aiguë d’ici l’été, en raison de la hausse des coûts du pétrole et des transports ainsi que de l’augmentation des prix des denrées alimentaires. De même, la pénurie d’engrais chimiques aura des conséquences graves sur la sécurité alimentaire pendant des années – et constitue en même temps un argument en faveur d’une transition accrue vers l’agriculture biologique et régénérative.
Dans l’ensemble, le système d’aide se réduit considérablement, tandis que l’ONU doit déjà mettre en œuvre une stratégie de «hyper-priorisation»: seuls les besoins les plus urgents et mettant la vie en danger sont encore pris en compte aujourd’hui. À peine 40% des personnes qui ont besoin d’aide humanitaire dans le monde peuvent être aidées – soit environ 114 millions de personnes sur un total estimé à 299 millions.
Les intérêts nationaux et géopolitiques prennent le dessus
Dans un monde de plus en plus «transactionnel», les pays donateurs concentrent leur coopération au développement sur des intérêts nationaux et géopolitiques immédiats, ce qui fait que les besoins réels ailleurs sont moins pris en compte. Des gouvernements comme ceux des États-Unis et du Royaume-Uni, mais aussi des donateurs tels que la Suède et l’Allemagne, réduisent de manière ciblée leurs financements dans les pays où leurs intérêts stratégiques – qu’il s’agisse de relations commerciales, d’accès aux matières premières ou de questions de migration et de sécurité – sont moins importants.
Les régions peu attractives et les pays peu prioritaires sont négligés. Aujourd’hui, l’Ukraine reçoit plus d’aide au développement (45 milliards de dollars) que les 44 pays dits «les moins avancés» (Least Developed Countries, LDC), qui totalisent 28 milliards de dollars. De surcroît, la coopération au développement recourt de plus en plus à des crédits au lieu de subventions. Les pays les plus pauvres, en particulier, s’endettent toujours plus et paient désormais plus pour le service de la dette qu’ils ne reçoivent d’aide. Une nouvelle déstabilisation semble donc inévitable.
Risque imminent de pénurie de financement pour le système des Nations Unies
Les États-Unis «MAGA» ont quitté 66 organisations et accords. Les organisations actives dans les domaines de l’environnement et du climat sont particulièrement touchées, tout comme les institutions et les organismes des Nations Unies qui œuvrent en faveur de l’éducation, de l’égalité des genres et de la promotion de la démocratie, de la société civile et de l’État de droit. Le nouveau gouvernement américain a drastiquement réduit les contributions à l’ONU pour l’aide humanitaire – de 11 milliards de dollars en 2024 à 2,7 milliards en 2025. Pour 2026, il n’envisage que 2 milliards et exige que les Nations Unies «s’adaptent, réduisent leurs effectifs ou disparaissent».
Il ne fait aucun doute que la première puissance économique mondiale se tire ainsi une balle dans le pied. Néanmoins, le mal est fait pour l’ONU et l’affaiblissement du système multilatéral est une réalité. La situation financière est si tendue que le secrétaire général António Guterres a mis en garde en janvier contre un effondrement de l’institution, à la suite de quoi environ 150 pays ont versé leurs contributions avant l’échéance. Malgré tout, des réformes profondes et douloureuses sont inévitables: des organisations seront supprimées ou fusionnées, des sites délocalisés et des effectifs réduits. Le programme de réforme «UN80» entraîne des changements radicaux, y compris pour la «Genève internationale». En fin de compte, il faut espérer que l’ONU reste capable d’agir. Car son travail en faveur de l’eau, du climat, de la santé et des systèmes alimentaires durables reste essentiel et vital pour des millions de personnes dans le monde.
