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Renforcer la coopération au développement plutôt que la réduire

Felix Gutzwiller, ancien conseiller aux États PLR: «C’est dans notre propre intérêt»
PAR: Felix Gutzwiller - 02 juillet 2026
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Les crises, les guerres et le changement climatique mettent à mal les progrès réalisés dans la coopération internationale. Il est donc plus important que jamais que la Suisse renforce son engagement humanitaire et sa coopération au développement durable pour soutenir les populations les plus défavorisées, créer des perspectives dans les régions concernées et stabiliser les chaînes de valeur mondiales – mais aussi pour consolider la sécurité et le rayonnement de la Suisse.

Les sceptiques et les détracteur·trices de la coopération au développement soutiennent régulièrement qu’elle n’est pas efficace. Une affirmation que ne confirment ni les données scientifiques ni ma propre expérience en tant qu’ancien président de la Commission consultative de la coopération internationale, qui conseille le Conseil fédéral.

Il est prouvé que la coopération au développement lutte efficacement contre la pauvreté, la mortalité infantile et la faim et qu’elle a un impact positif sur l’espérance de vie des populations. Elle ouvre des perspectives économiques et renforce la bonne gouvernance. Des crises, des guerres et le changement climatique freinent actuellement ces avancées. Toutefois, au lieu de renforcer son engagement, la communauté internationale fait des économies. La Suisse aussi, en dépit de la dernière étude de l’EPFZ sur la sécurité, qui indique que plus de la moitié de l’électorat helvétique souhaiterait renforcer l’aide au développement.

La population veut plus de coopération au développement

Difficile donc de comprendre que le Conseil fédéral veuille faire de nouvelles économies: en supprimant l’engagement de la Suisse dans six pays ainsi que 100 postes, afin d’économiser 113 millions de francs. Et en réaffectant des fonds destinés à la lutte contre la pauvreté à long terme vers l’aide humanitaire à court terme, afin d’éviter des crédits supplémentaires en cas de crises exceptionnelles. Conséquence: une réduction supplémentaire de 23% pour la coopération au développement.

«Si la Suisse concentre son engagement sur un nombre réduit de pays, elle devrait en faire davantage, et non moins, là où elle reste présente.»

Felix Gutzwiller

La coopération au développement, telle que pratiquée par Helvetas, est un travail de prévention qui sert aussi les intérêts de la Suisse en raison de son effet stabilisateur. Volatile, la situation mondiale crée de nouveaux risques : alors que j’écris ces lignes, une épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda inquiète les populations locales et les professionnel·les de santé du monde entier; la guerre au Moyen-Orient perturbe l’économie mondiale, aggravant la pauvreté et les inégalités dans de nombreux pays, notamment du Sud global.

La coopération au développement, un travail de prévention

Là où les soins de santé sont insuffisants, où les populations n’ont toujours pas accès à l’eau potable ni à une éducation de qualité, où la haine est attisée sur les réseaux sociaux, où le secteur privé est en difficulté et où l’État de droit est sapé, des organisations comme Helvetas élaborent des solutions en collaboration avec les personnes concernées et les responsables. Mais au lieu de créer des perspectives qui offrent aux jeunes des pays du Sud global une chance de mener, eux et elles aussi, une vie digne et autonome, nous entravons, par nos coupes budgétaires, des progrès prometteurs.

Les fonds consacrés à la coopération au développement ne sont pas de simples dépenses, mais un investissement: forte de son expérience, de ses projets et de ses programmes dont l’efficacité est démontrée, la Suisse peut apporter une contribution décisive à la stabilisation d’États et de sociétés en crise. C’est dans notre propre intérêt, car la lutte contre la pauvreté, la promotion de la paix, l’État de droit et la bonne gouvernance réduisent à long terme les risques liés à la sécurité sur place. Et donc aussi pour nous, ici en Suisse.

 

* Felix Gutzwiller est médecin spécialisé en médecine préventive et membre du comité d’Helvetas. Il a été conseiller national et conseiller aux États PLR ainsi que président de la Commission consultative de la coopération internationale (aide au développement), qui conseille le Conseil fédéral.

Membre du comité
Fait partie du comité depuis 2025
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