Les pays riches réduisent leurs aides financières à l'étranger. Parallèlement, la marge de manœuvre des ONG diminue, car même les gouvernements démocratiques considèrent de plus en plus leur travail de défense des droits comme une contrainte. Mais quelle que soit la situation politique générale, les ONG restent des partenaires fiables grâce à leurs projets sur le terrain. Elles jouent aussi un rôle indispensable de surveillance politique dans la lutte contre le réchauffement climatique, les inégalités et la faim.
Dans les années 1990, la fin de la guerre froide a marqué le début d'un âge d'or pour les organisations non gouvernementales. Des ONG connues telles qu'Amnesty International, Oxfam et Greenpeace ont étendu leur portée internationale; de nouvelles ONG ont été créées. Elles travaillent sur différents thèmes, mais toujours dans un but non lucratif et en se basant sur des valeurs. En collaboration avec des ONG dans les pays concernés et d'autres partenaires locaux, des ONG actives à l'échelle internationale telles que Welthungerhilfe et Helvetas ont assumé davantage de responsabilités dans le domaine de la coopération au développement et de l'aide d'urgence.
En même temps, la société civile internationale, souvent organisée en ONG, a acquis de plus en plus d'influence sur les États. Grâce à leur nombre croissant et à leurs compétences thématiques, les ONG sont désormais devenues des acteurs importants et efficaces: elles influencent l'agenda politique sur des thèmes tels que la protection de l'environnement et du climat, la lutte contre la pauvreté et la sécurité alimentaire, les droits humains et la paix.
D'une large acceptation…
Ainsi, à partir de 1992, une coalition d'ONG s'est battue avec succès pour l'adoption d'une convention des Nations Unies visant à interdire les mines antipersonnel (1997). Transparency International a sensibilisé l'opinion publique à la corruption et contribué à l'adoption de la Convention des Nations Unies contre la corruption (2003). En 2015, la société civile mondiale a exercé la pression nécessaire pour que la communauté internationale adopte l'Agenda 2030 pour le développement durable et l'Accord de Paris sur le climat, avec l'objectif de 1,5 degré.
Human Rights Watch a été saluée pour la protection des personnes vulnérables et pour avoir promu des normes internationales plus strictes dans le domaine des droits humains. Le WWF, quant à lui, a été largement reconnu pour son engagement en faveur de la protection de la nature et du climat. Et les organisations de développement (souvent appelées «œuvres d'entraide») ont été appréciées par les responsables politiques et la population pour leur lutte contre la pauvreté et la faim, qui a permis de sauver des vies.
Les organisations de développement ont gagné en crédibilité et en légitimité grâce à leurs contributions importantes à l'élaboration des politiques internationales (gouvernance globale): dans les institutions et les négociations internationales, elles ont défendu les personnes et les groupes qui n'étaient auparavant guère entendus, par exemple lors des conférences sur le climat, où elles ont présenté les points de vue des communautés autochtones et des groupes de population particulièrement touchés par la crise climatique.
… à la critique polémique
Mais tout le monde n'est pas d'accord avec le programme progressiste de la société civile internationale. Depuis les années 2010 au moins, les forces conservatrices critiquent de plus en plus ouvertement le travail des ONG. En Suisse aussi, les sceptiques font monter la pression: ils doutent de l'efficacité de la mise en œuvre des projets, malgré des études et des évaluations qui prouvent le contraire. Mais ce sont surtout les politiciennes et politiciens qui s'irritent de cette ingérence indésirable dans la politique nationale en faveur des plus faibles de notre société et de notre monde.
Les ONG ont répondu très tôt à ces critiques en faisant preuve de transparence et en rendant des comptes: elles publient davantage d'informations sur leurs finances et leurs processus décisionnels et ont amélioré l'évaluation de leurs projets et la mesure de leur impact. De plus, dans le cadre du débat naissant sur la décolonisation, elles ont transféré encore davantage leurs compétences décisionnelles et financières à leurs partenaires dans les pays en développement – ce qu’on appelle localisation de la coopération au développement.
Cela n'empêche toutefois pas les gouvernements et les parlements de continuer à remettre en question les activités des ONG, de plus en plus souvent par des allégations déloyales. Récemment, des membres conservateurs du Parlement européen ont accusé des ONG environnementales de corruption et de manque de transparence. Ils ont critiqué le fait que leur travail allait à l'encontre des objectifs et des intérêts de l'UE. Le chancelier allemand Friedrich Merz remet en question la neutralité politique des ONG qui reçoivent des fonds publics. Il leur reproche d'être partiales et d'agir contre les intérêts de l'Allemagne. En Suisse, les partis bourgeois visent à réduire fondamentalement l'influence politique des ONG en leur retirant leur statut d'utilité publique.
Tendances autocratiques et répression croissante
La pression croissante sur les ONG arrive à un moment inopportun. Alors que dans les années 1990 la démocratisation, notamment en Afrique et en Europe de l'Est, avait favorisé une plus grande ouverture envers les organisations de la société civile, les ONG sont aujourd'hui confrontées à un recul général: depuis 25 ans, les gouvernements autocratiques gagnent du terrain et les droits démocratiques reculent dans le monde entier, dans de nombreux petits pays, mais aussi dans de grands comme la Chine, la Russie, l'Argentine, l'Indonésie et la Turquie, voire en Inde et aux États-Unis.
Dans ce contexte, plus de 130 pays ont introduit au cours des trois dernières décennies des restrictions à l'encontre des ONG internationales et financées par l'étranger, les dénigrant souvent comme des agents étrangers. Outre les contraintes bureaucratiques, de nouvelles lois créent les bases pour des sanctions juridiques, des détentions ou une répression violente à l'encontre des militantes et des militants.
La marge de manœuvre des ONG diminue, voire disparaît complètement. Dans ces conditions, il devient de plus en plus difficile, voire impossible pour elles de travailler sur les droits humains, l'égalité de genre, la lutte contre la corruption et d'autres questions politiquement sensibles. Les groupes engagés qui collaborent avec des ONG internationales sont victimes de répression et mettent directement en danger des personnes.
Il est possible de prendre des mesures pour contrer cette tendance – et cela s'impose d'urgence
La pandémie, la guerre en Ukraine et les catastrophes climatiques entraînent de plus en plus de restrictions budgétaires, même dans les pays riches. Alors que les priorités sont redéfinies et que les dépenses militaires augmentent, les gouvernements occidentaux commencent à réduire leurs dépenses en matière de coopération au développement, une source importante de financement pour les ONG internationales. L'OCDE prévoit donc une baisse de l'aide publique au développement (APD) pouvant atteindre 17% en 2025. L'année dernière, elle avait déjà été réduite de 9%.
La dissolution de l'agence américaine de développement USAID, mais aussi les coupes budgétaires dans les pays européens et en Suisse, interviennent à un moment où les besoins humanitaires et de développement durable continuent de croître et où la coopération internationale est plus importante que jamais. Conséquence: de nombreuses ONG réduisent leurs effectifs, tandis que la baisse des financements limite les opérations d'aide humanitaire, les programmes éducatifs et économiques, les initiatives sanitaires et les campagnes de vaccination.
Les coupes budgétaires dans le domaine du développement réduisent l'influence et l'efficacité des ONG dans la politique nationale et internationale, tandis que les gouvernements autocratiques renforcent leur pouvoir: en expulsant les observatrices et observateurs des droits humains, il est plus facile de réprimer les opinions divergentes. En restreignant les ONG environnementales, il est plus facile de mener des activités économiques nuisibles à l'environnement. Sans une société civile active dans son propre pays, moins d'informations filtrent à l'extérieur. Un État est donc moins exposé à la pression des organisations internationales et des gouvernements étrangers lorsqu'il viole des traités ou ne respecte pas les attentes de la société.
En réduisant l'aide au développement et en affaiblissant les ONG, les pays libéraux renoncent ainsi à un instrument central de leur influence fondée sur des valeurs. Les gouvernements non démocratiques, en revanche, se frottent les mains. Il est urgent de prendre des contre-mesures. Par exemple, en appréciant et en reconnaissant le travail des ONG comme un complément important à la politique étrangère et de sécurité de l'État, au lieu de le considérer comme hostile.