Les Émirats arabes unis (EAU) sont connus pour leur politique de tolérance zéro envers toute forme de critique. Aujourd'hui, ils sont en train de devenir le premier investisseur en Afrique. Pour de nombreux pays, cet afflux de capitaux bienvenu offre des opportunités de développement. Mais pour cela, il faut que le progrès économique s'inscrive dans une démarche partenariale, respectueuse de l'environnement et fondée sur les droits humains.
À l'instar de l'Arabie saoudite, du Koweït ou du Qatar, les Émirats arabes unis (EAU) fournissent depuis plusieurs décennies une aide au développement et une aide d'urgence sur le continent africain. Ils renforcent de plus en plus leur influence en matière de politique de développement grâce à des investissements privés. Ainsi, les Émirats arabes unis, connus pour leurs métropoles Abu Dhabi, Dubaï et Sharjah, étendent rapidement leur influence économique et politique sur le continent africain. C'est le cas dans la Corne de l'Afrique, en Afrique occidentale et en Afrique du Nord. Rien qu'entre 2019 et 2023, ils ont investi plus de 110 milliards de dollars, soit plus que tout autre partenaire étranger, même plus que la Chine. Leur engagement s'étend de l'approvisionnement énergétique à l'exploitation minière et à l'agriculture, en passant par les ports et la logistique.
L'énergie verte comme porte d’entrée
Les Émirats accordent une importance particulière aux énergies renouvelables. Par l'intermédiaire de leur entreprise énergétique phare Masdar, ils financent, dans le cadre du programme Etihad 7, des projets qui devraient permettre d'alimenter en électricité 100 millions d'Africaines et d'Africains d'ici 2035. Ce grâce à l'énergie solaire, éolienne et hydraulique en Angola, en Ouganda et en Zambie. Cependant, les souhaits et la réalité ne coïncident pas toujours. Ainsi, le projet de 2 milliards de dollars consacré à l'énergie solaire en Zambie avance moins vite que prévu.
Il en va autrement au Togo: Amea Power, une autre grande entreprise émiratie, a construit avec succès la centrale solaire de Blitta, d'une puissance de 50 MW. Depuis 2021, celle-ci alimente en électricité plus d'un demi-million de foyers et 700 petites et moyennes entreprises. Pendant ce temps, la centrale solaire de Doornhoek est en cours de construction en Afrique du Sud et devrait être raccordée au réseau en 2026. Financé par des participations et des crédits, ce projet permettra bientôt d'alimenter environ 97'000 foyers en électricité propre et de compenser 330'000 tonnes d'émissions de CO2.
Achat de matières premières critiques
Les investissements dans les énergies vertes mettent les minéraux stratégiques au centre de l'attention: en Zambie, par exemple, les Émirats arabes unis ont acquis, par l'intermédiaire de l'International Resources Holding, une participation majoritaire dans les mines de cuivre de Mopani, qui appartenaient auparavant à la société suisse de matières premières Glencore, pour un montant de 1,1 milliard de dollars. L'objectif est, affirment-ils, d'augmenter la production et de garantir des emplois locaux. Mais les Émirats cherchent avant tout à obtenir un accès rapide à des matières premières essentielles, les questions relatives aux droits humains et à l'environnement restant secondaires.
Dans le même but d'accéder aux matières premières, des coentreprises ont été créées avec la République démocratique du Congo pour l'extraction du tantale, de l'étain et du tungstène, des matières premières prétendument exemptes de conflits et indispensables à l'économie verte. Ces investissements visent à garantir aux Émirats des chaînes d'approvisionnement stables, durables et précieuses. Mais le problème reste entier: la plupart des Congolaises et des Congolais ne profitent pas de cette richesse, alors que leur pays figure parmi les cinq nations les plus pauvres du monde. Pourquoi? Parce que seul le gouvernement, les groupes armés et les investisseurs étrangers tirent profit de l'exploitation minière.
Ports et routes commerciales
Outre les infrastructures énergétiques durables, les Émirats arabes unis s'intéressent également aux ports africains. Ceux-ci constituent un levier non seulement économique, mais aussi stratégique. Dubai Ports World, troisième entreprise portuaire mondiale contrôlée par le groupe d'investissement public Dubai World, exploite des ports ou détient désormais des participations importantes dans des infrastructures en Angola, en Égypte, au Sénégal et en Somalie. À Luanda, la capitale de l'Angola, Abu Dhabi Ports a par exemple modernisé la logistique portuaire pour un montant de 250 millions de dollars.
Le projet prestigieux soutenu par Abu Dhabi est le port prévu d'Abu Amama au Soudan, avec une zone économique spéciale sur la mer Rouge. Ce projet de 6 milliards de dollars vise à consolider la position des Émirats arabes unis sur l'une des routes commerciales maritimes les plus importantes du monde. En effet, grâce à l'accord de libre-échange intra-africain, des ports tels qu'Abu Amama peuvent désormais contribuer à intégrer des composants et des produits africains dans les chaînes d'approvisionnement du Moyen-Orient et de l'Asie.
Alors que les Émirats exportent des bijoux et des appareils électroniques vers le Soudan, ils s'intéressent principalement aux denrées alimentaires et aux produits agricoles. Les terres africaines jouent en effet un rôle clé dans la stratégie à long terme des Émirats en matière de sécurité alimentaire. Comme la consommation alimentaire y est élevée, mais que les terres agricoles y sont rares, ce qui les rend dépendants des importations, ils investissent dans des terres et des exploitations agricoles dans des pays comme l'Éthiopie, le Kenya et le Soudan. Le Soudan, justement, qui souffre lui-même d'une pénurie alimentaire dévastatrice depuis des années.
Une politique de puissance à vocation mondiale
Ces investissements s'inscrivent tous dans le cadre d'une réorientation ciblée de la politique étrangère des Émirats. Autrefois fortement dépendants des exportations de pétrole, ils utilisent aujourd'hui leurs fonds souverains pour conquérir de nouveaux marchés et gagner en influence politique. Les investissements dans les infrastructures visent à sécuriser les chaînes d'approvisionnement, les ressources minérales et l'énergie verte. Mais ils visent également à étendre le «soft power» dans les pays du Sud et à établir de nouvelles alliances au-delà des zones d'influence occidentales.
Cela correspond à l'intérêt croissant des Émirats pour l'organisation de négociations et de conférences internationales, comme la Conférence des Nations unies sur le climat COP28 à Dubaï en 2023. Bien que l'industrie des combustibles fossiles reste un facteur majeur de la crise climatique mondiale et de la pollution atmosphérique régionale, le pays hôte du sommet sur le climat s'est ouvertement positionné comme un pionnier mondial en matière de protection du climat. Les Émirats ont moins bien réussi à dissimuler leur mépris envers les organisations de la société civile et les militantes et militants des droits humains.
Dans l'ensemble, il n'est donc pas surprenant que tout le monde ne voie pas d'un bon œil l'arrivée de ce nouvel acteur en Afrique. Ainsi, des analystes politiques et des organisations de défense des droits humains et du développement mettent en garde contre la répression de la société civile et la violation des droits du travail et des normes environnementales. Certes, les investissements en Afrique favorisent les infrastructures et la croissance économique. Mais sans le respect des droits humains et sans une transparence et une responsabilité claire de la part des entreprises impliquées, ils pourraient également affaiblir la société civile locale, favoriser la corruption et l'opacité des gouvernements, et encourager le secteur non réglementé des matières premières et l'exploitation aurifère.
Il est urgent d'investir dans le futur, compte tenu du potentiel inexploité des jeunes sur le «continent de l'avenir», où l'âge médian est inférieur à 20 ans. Une formation complémentaire – par exemple dans les technologies vertes et les industries innovantes ou dans l'agriculture biologique et les systèmes alimentaires durables – permettrait de gagner beaucoup. Mais cela demande du temps et de l'engagement. Or, ces deux éléments font défaut lorsque le retour sur investissement est le critère déterminant.