Sans efforts communs en matière de protection du climat et de préservation des écosystèmes, le monde risque de perdre un trésor naturel indispensable à la vie: l'Amazonie. Les États participant au sommet sur le climat à Belém, au Brésil, doivent agir dans leur propre intérêt. Les pays amazoniens eux-mêmes, mais aussi des États comme la Suisse.
En novembre aura lieu la prochaine conférence des Nations unies sur le climat qui, cette année, se tiendra au Brésil et plus précisément à Belém. La ville est située dans l'immense région amazonienne. Depuis 1985, plus de 50 millions d'hectares de cette forêt tropicale d'importance mondiale ont disparu, soit une superficie plus grande que l'Espagne. Si l'on additionne tous les écosystèmes brésiliens importants, il s’agit d’une superficie équivalente à celle de l'Allemagne et de la France réunies.
Si l’on prend en considération les cinq derniers siècles, près de la moitié des terres utilisées aujourd’hui au Brésil pour l'agriculture et l'exploitation minière, les villes et les infrastructures, ont été transformées au cours des quatre dernières décennies (de 1985 à 2024). La plupart des forêts ont disparu entre 1995 et 2004. Puis à nouveau au cours des dix dernières années, à cause des incendies, de l'expansion agricole ciblée et de la dégradation due au climat.
Dans le Cerrado, la savane humide du sud-est du Brésil, environ 40 millions d'hectares de végétation ont été déboisés au cours des quatre dernières décennies, soit une diminution de près d'un tiers. Dans le Pantanal, la plus grande zone humide d'eau douce au monde, les cycles d'inondation ont diminué au fil des décennies. 2024 a été dans la région l'année la plus sèche de ces 40 dernières années, ce qui a favorisé des incendies de forêt dévastateurs.
Le fait que certaines parties de l'Amazonie partent en fumée est une triste réalité quotidienne. La plupart du temps, les incendies sont allumés intentionnellement par des éleveuses et éleveurs ou des agricultrices et agriculteurs. C'est ainsi que le Brésil est devenu une grande puissance agricole au cours des dernières décennies. Aujourd'hui, aucun autre pays au monde ne cultive autant de soja, et depuis longtemps, le nombre de bovins y dépasse celui des humains: le Brésil est le plus grand exportateur de viande bovine au monde.
Un objectif ambitieux d'ici 2030
À partir de 2003, le gouvernement de gauche de l'époque, dirigé par le président Luiz Inácio Lula da Silva, puis par sa successeure Dilma Rousseff, a commencé à lutter contre la déforestation. Celle-ci a diminué jusqu'en 2019, date à laquelle elle a de nouveau fortement augmenté sous Jair Bolsonaro. Le puissant lobby agricole avait contribué à porter au pouvoir ce politicien d'extrême droite. À peine en fonction, il l'a remercié en affaiblissant les lois environnementales, en réduisant les fonds destinés à la protection des forêts et en licenciant des expertes et des experts.
En 2022, un gouvernement de gauche a de nouveau remporté les élections. Avant même son entrée en fonction, le nouveau chef de l'État Lula da Silva a promis un revirement dans la politique environnementale: «zéro déforestation d'ici 2030». Les autorités supprimées ont été rétablies et de nouveaux projets de protection ont été lancés. La déforestation a diminué et le monde a poussé un soupir de soulagement – littéralement: l'Amazonie, cruciale pour la lutte contre le réchauffement climatique mondial, semblait sauvée.
Mais la désillusion fut rapide: en 2024, les incendies semblaient s'intensifier. Une sécheresse record a transformé les fleuves autrefois puissants de la forêt amazonienne en tristes filets d'eau, voire les a complètement asséchés. La savane du Cerrado, dans le sud-est du Brésil, a également été à nouveau ravagée par les flammes, tout comme l'immense zone humide du Pantanal, dans le sud du pays. La situation ne s'annonce pas meilleure pour cette année.
Des solutions respectueuses du climat existent
Aujourd'hui déjà, certaines parties de la région amazonienne émettent plus de CO2 qu'elles n'en absorbent en raison de la déforestation et des incendies – un tournant dangereux: les expertes et les experts avertissent que de vastes parties de la région amazonienne pourraient se transformer en savane si la déforestation dépasse 20 à 25% de la superficie totale. Selon les estimations, environ 17% ont déjà été perdus.
La situation est grave. Mais elle n'est pas encore désespérée, car des solutions existent: à l'échelle mondiale, une protection climatique efficace et ambitieuse, incluant des investissements durables et responsables dans une économie respectueuse du climat, reste bien sûr essentielle. Cela implique également une meilleure protection des forêts dans les chaînes d'approvisionnement internationales. Au niveau local, l'agroforesterie et l'agriculture régénérative offrent des alternatives aux pratiques destructrices d'utilisation des terres. Les droits de propriété et les pouvoirs administratifs doivent également être transférés aux peuples autochtones et aux communautés locales, car il est prouvé que cela conduit à une réduction significative de la déforestation.
Soutenir le Fonds Amazonie
Cependant, comme le lent effondrement de l'Amazonie n'est pas seulement une crise locale, mais une urgence mondiale, le Brésil et les autres pays amazoniens, tels que la Colombie et la Bolivie, ont besoin d'un soutien international pour mettre en place des mesures de protection et de reboisement. À cet égard, la prochaine conférence sur le climat COP30 offre l'occasion aux pays de s'engager, avec le Brésil, à mettre fin à la déforestation de l’Amazonie d'ici 2030.
Afin de préserver et de restaurer les écosystèmes, des moyens financiers supplémentaires et ciblés doivent être alloués au Fonds Amazonie créé en 2008. Cet argent doit servir à préserver la biodiversité, à protéger les droits et les moyens de subsistance des peuples autochtones et à améliorer leur situation alimentaire.
Les principaux soutiens de cet instrument de financement et de coopération sont jusqu'à présent la Norvège, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Depuis 2023, de nouveaux pays donateurs tels que la Suisse se sont joints à eux. Les détractrices et les détracteurs critiquent toutefois le fait que la contribution suisse soit très modeste au regard de l'urgence de la situation.
Promouvoir la «diplomatie de la forêt vierge»
Le Fonds Amazonie est un élément important pour atteindre l'objectif du président brésilien Lula da Silva, qui est de mettre fin à la déforestation d'ici 2030. Un autre élément est la «diplomatie de la forêt vierge»: dès 2023, le président a invité les huit pays riverains à Belém à une conférence commune sur la protection de l'Amazonie. À l'issue de cette conférence, les participantes et participants ont signé une déclaration finale dans laquelle ils ont notamment convenu de créer une alliance amazonienne pour lutter contre la déforestation, de mettre en place un système de contrôle commun contre l'exploitation forestière illégale et le crime organisé, et d'améliorer la coopération dans les domaines de la science, des finances et des droits humains.
Nous devons être conscients que la forêt amazonienne n'est pas seulement une région sauvage lointaine, mais un écosystème vital qui assure la vie sur Terre. Si elle s'effondre, nous perdrons bien plus que de simples arbres, car le climat changera encore plus rapidement et notre avenir commun sera gravement menacé. Il est donc dans l'intérêt de tous les pays de tenir leurs engagements lors du sommet sur le climat au Brésil, au lieu de se lamenter, de pointer du doigt les autres ou de les ignorer.
