Dans cette interview, l'économiste et professeur de politique financière explique pourquoi la Suisse doit s'engager sérieusement et rapidement dans une transition durable de son économie et de sa société.
Roland Fischer, vous faites partie du comité de l'initiative pour un fonds climat. Pourquoi ?
La Suisse et le monde doivent abandonner rapidement et définitivement les technologies fossiles. J'ai examiné les scénarios climatiques actuels de l'EPFZ pour la Suisse. La conclusion est claire: il est grand temps d'agir!
Mais la petite Suisse peut-elle vraiment changer les choses?
Chaque pays doit contribuer de manière appropriée, en fonction de ses possibilités, à la réduction des gaz à effet de serre. Grâce à son marché financier solide et à ses compétences élevées en matière de recherche et développement, la Suisse peut avoir un impact considérable. Cependant, les projets qui nécessitent des investissements importants et présentent un risque élevé manquent souvent des capitaux privés nécessaires. Il s'agit notamment des investissements importants dans le domaine des énergies renouvelables, de la protection de la biodiversité ou des technologies à émissions négatives. Un fonds climat financé par des emprunts d'État pourrait fournir les moyens financiers nécessaires à cet effet.
La protection du climat ne devrait-elle pas être laissée au libre marché?
La réduction des émissions de CO2 dans le secteur du bâtiment montre clairement qu'une combinaison de mesures est nécessaire pour une protection efficace du climat. Les taxes incitatives et les subventions constituent des mesures d'encouragement importantes. Mais il est également essentiel que la technologie nécessaire à la transformation soit simple et largement disponible. C'est déjà le cas aujourd'hui pour les pompes à chaleur et autres systèmes de chauffage neutres sur le plan climatique, comme l'énergie solaire. Mais il existe encore des obstacles importants dans de nombreux domaines, tels que les stations de recharge pour voitures électriques, les carburants respectueux du climat et les systèmes de stockage d'électricité. Un fonds climat financé par l'État permettrait de combler ces lacunes plus facilement et plus rapidement.
Existe-t-il des exemples historiques où la Suisse a déjà investi beaucoup d'argent pour moderniser ses infrastructures?
On peut citer à titre de comparaison le financement des grands projets ferroviaires Rail 2000 et NLFA. Ceux-ci ont également été financés par un fonds, le Fonds FTP créé en 1998. Ce dernier a été remplacé en 2016 par le Fonds d'infrastructure ferroviaire (FIF). Aujourd'hui, il sert non seulement à financer de nouveaux investissements, mais aussi l'exploitation et l'entretien des infrastructures. Chaque année, quelque six milliards de francs sont versés au fonds, ce qui est comparable aux ressources prévues pour le fonds climat.
Les opposants à l'initiative affirment que le fonds va accroître la dette publique.
Les versements annuels de la Confédération au fonds climat s'ajouteraient au plafond des dépenses prévu par le frein à l'endettement et augmenteraient ainsi la dette de la Confédération. Pour la Suisse, qui est une économie forte et stable, un endettement supplémentaire de la Confédération serait toutefois tout à fait supportable. D'une part, le taux d'endettement (dette publique en pourcentage du PIB) est très faible en comparaison internationale et n'augmenterait que légèrement, voire pas du tout, avec le financement du fonds climat. En outre, la Suisse épargne nettement plus qu'elle n'investit. Aujourd'hui, le capital excédentaire est investi à l'étranger – trop souvent dans des secteurs et des entreprises peu durables – et non chez nous. Les emprunts fédéraux supplémentaires nécessaires au financement du fonds climat seraient donc des placements sûrs et bienvenus, notamment pour nos caisses de pension.
L'initiative pour un fonds climat permet donc non seulement d'investir dans l'avenir, mais elle est également judicieuse d'un point de vue économique?
Le changement climatique entraîne des coûts économiques toujours plus élevés à l'échelle mondiale, notamment en raison des intempéries, des vagues de chaleur et du recul de la biodiversité. Dans notre pays aussi, on constate une multiplication des éboulements, une augmentation du coût des dégâts causés par la grêle, une recrudescence des inondations, des pertes de récoltes et du nombre de décès liés à la chaleur. Pour réagir à cette évolution et la freiner, nous avons besoin d'investissements supplémentaires dans les infrastructures et les nouvelles technologies. Un fonds climat créé à cet effet contribuerait non seulement à aider la Suisse à atteindre ses objectifs climatiques, mais favoriserait également l'économie suisse grâce à la recherche et à l'innovation, ce qui profiterait en fin de compte à tout le monde.
* L'ancien conseiller national des Vert'libéraux Roland Fischer fait partie du comité de l'initiative pour le fonds climat. Il est économiste et enseigne la politique financière à la Haute école de Lucerne.
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