Au sein des Nations Unies (ONU), les organisations de la société civile du monde entier peuvent aborder des sujets sensibles. Les ONG internationales telles qu’Helvetas jouent un rôle important à cet égard en ouvrant les portes de l’ONU à des organisations partenaires du Sud. En effet, à une époque où la démocratie et la participation citoyenne sont soumises à une pression considérable, la société civile doit faire front commun et utiliser et protéger l’espace qui reste pour un dialogue critique.
La société civile se manifeste sous diverses formes, allant des organisations non gouvernementales (ONG) constituées et structurées jusqu’aux groupes de quartier informels ou aux mouvements citoyens spontanés. Qu’il s’agisse d’organisations majeures ou de petites initiatives œuvrant pour les personnes avec un handicap, la protection de l’environnement ou la gratuité des repas scolaires, les acteurs et actrices de la société civile partagent un engagement commun envers la défense des intérêts de groupes ou communautés spécifiques, indépendamment de l’État ou des entreprises privées.
Les mouvements et organisations de la société civile contribuent de manière significative à un développement inclusif et durable. Ils offrent aux individus la possibilité d’accéder et de partager des informations, de participer à l’élaboration de la société et de la politique par le dialogue public, ainsi que de défendre leurs droits en tant que citoyens et citoyennes. Les ONG jouent un rôle de médiation entre l’État et l’individu, traitant des questions variées, tout en analysant les structures existantes, assurant une surveillance des acteurs influents et signalant les problèmes ou dysfonctionnements observés.
La société civile voit son espace se restreindre dans le monde
Depuis une vingtaine d'années, la société civile fait face, partout dans le monde, à des pressions de plus en plus fortes. Dans des pays tels que la Serbie, l’Éthiopie et le Myanmar, sa marge de manœuvre opérationnelle et politique s’est progressivement réduite, une dynamique qui, selon le CIVICUS World Monitor, se manifeste à l’échelle mondiale, y compris dans les pays occidentaux.
Bien que la majorité des gouvernements occidentaux continuent de reconnaître les organisations de la société civile comme des «acteurs indépendants du développement, dotés de droits propres» et mettent en avant leur rôle dans la réalisation des objectifs de développement durable définis par l’Agenda 2030 des Nations Unies, les initiatives concrètes visant à inverser cette tendance demeurent limitées. De ce fait, la société civile est progressivement écartée des discussions majeures sur le développement et rencontre des obstacles croissants dans l’accès au financement.
Mécanismes des Nations Unies visant à faire respecter les droits humains
Depuis de nombreuses années, les organisations internationales de développement offrent leur soutien aux organisations locales de la société civile, même dans des contextes fragiles ou répressifs. Helvetas participe également à ce soutien, en aidant ces organisations à jouer leur rôle sociopolitique grâce au développement stratégique et organisationnel, à la création de réseaux avec d’autres acteurs et à l’octroi de subventions pour faciliter leurs actions sur le terrain. C’est le cas notamment au Kirghizistan, en Bosnie-Herzégovine, en Serbie ou au Bhoutan. Au niveau international, l’organisation utilise depuis 2018 le système des droits humains des Nations Unies afin que les organisations partenaires issues de pays où l’espace de la société civile est restreint puissent défendre leurs causes par l’intermédiaire des instances onusiennes.
Le système des Nations Unies offre plusieurs moyens de rappeler aux décideurs leurs obligations en matière de droits humains et fournit un espace sécurisé pour aborder des sujets sensibles. Il reste accessible à tous, mais les petites organisations des pays en développement doivent souvent s’appuyer sur des partenariats avec des ONG internationales comme Helvetas.
Une meilleure défense des intérêts grâce au statut consultatif auprès de l'ECOSOC
Situé à Genève, le Conseil des droits de l'homme occupe une place essentielle dans le dispositif des Nations Unies; il a vu le jour en 2006 grâce, entre autres, à l'action de la Suisse. L'Examen périodique universel (EPU) constitue l'un de ses outils principaux: chaque État membre de l'ONU doit s'y soumettre tous les quatre ou cinq ans lors d'une évaluation par les pairs centrée sur les droits humains. Ce processus offre aux groupes locaux non gouvernementaux l'occasion de présenter leurs préoccupations à la communauté internationale, d’obtenir un soutien étendu et de pousser leur gouvernement à honorer ses engagements en matière de droits humains. Lorsque cette démarche est appliquée de manière régulière et méthodique, elle favorise l’émergence d’un dialogue constructif entre la société civile et les autorités nationales. En plus de l’EPU, d’autres voies existent pour permettre aux ONG de partager leur voix, parfois de façon anonyme selon les risques encourus, par exemple auprès des rapporteurs spéciaux indépendants de l’ONU.
Au cours de ce processus, Helvetas assume de plus en plus fréquemment un rôle de médiation et de facilitation. Au fil des dernières années, l’organisation a apporté son soutien à de nombreuses initiatives d’organisations partenaires locales auprès du Conseil des droits de l’homme, couvrant des thèmes variés tels que l’accès à l’eau et à l’assainissement (Népal, Haïti), la lutte contre la discrimination envers les femmes (Tadjikistan), la protection contre le changement climatique (Bangladesh) et la défense des droits civiques dans des États sous régime autoritaire.
Encouragée par ces expériences, Helvetas a finalement demandé le «statut consultatif» auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC). Ce statut permet aux ONG de participer aux réunions de différents organes de l’ONU, de soumettre des déclarations écrites et orales, de faire pression sur les États membres ou d’organiser des événements parallèles. De plus, les titulaires du statut ECOSOC peuvent inviter des organisations partenaires locales à certains événements et réunions afin qu’elles puissent elles-mêmes s’exprimer. Ce statut permet ainsi un engagement systématique en faveur des droits humains dans le cadre de l’ONU.
Prendre ses marques — et aller de l'avant avec détermination
C'est finalement au milieu de l'année 2025 qu'Helvetas s'est vu accorder le statut ECOSOC. La joie a toutefois été quelque peu tempérée, car les Nations Unies ont simultanément sombré dans la plus grave crise de leur histoire: en 2025, non seulement le gouvernement américain, mais aussi de nombreux autres États, dont la Suisse, ont décidé de réduire massivement, voire de suspendre complètement, leurs contributions financières à divers organes et initiatives de l’ONU. Cela a entraîné d’énormes déficits de financement pour d’importantes organisations telles que l’UNICEF ou le PNUD, pour des institutions centrales comme le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, ainsi que pour les villes hôtes de l’ONU telles que Genève.
En réponse, le Secrétaire général de l’ONU a annoncé en mai 2025 «UN80» — un vaste projet de réforme visant à rendre l’organisation «plus agile, plus intégrée et mieux équipée pour relever les défis mondiaux complexes d’aujourd’hui dans un contexte de ressources de plus en plus limitées». L'ONU est ainsi passée en mode survie: les agences, fonds et programmes ont été réduits ou fusionnés, des milliers d'employés et d'employées licenciés – et des millions de personnes à travers le monde ont ainsi été livrées à leur sort.
Les Nations Unies reflètent ainsi ce qui se passe depuis des années dans leurs États membres: le rétrécissement rapide de la marge de manœuvre de la société civile. Aujourd’hui plus que jamais, la défense multilatérale des intérêts exige de la patience, de la persévérance et une bonne dose de tolérance à la frustration. Mais à une époque où sa marge de manœuvre se réduit rapidement à tous les niveaux, la société civile doit se serrer les coudes pour utiliser et protéger activement l’espace restant dédié aux échanges critiques et au dialogue ouvert — et ainsi faire face ensemble aux tendances populistes et autoritaires.
