Des livres sur C. G. Jung et le Dalaï Lama s’empilent sur sa table de cuisine, à côté de diverses peintures, principalement des aquarelles abstraites qu’il a réalisées lui-même. M. Rohner, 84 ans, ne souhaite pas que nous mentionnions son prénom: «Je ne suis pas si important», dit-il, préférant parler de questions spirituelles et philosophiques. Des sujets qui dépassent l’individu.
Au lycée déjà, on le surnommait «le petit philosophe». M. Rohner s’en souvient avec un sourire malicieux, avant d’évoquer ses discussions engagées avec son professeur de philosophie de l’époque. Plus tard, il a étudié la philosophie, puis travaillé pendant de nombreuses années comme enseignant à l’école professionnelle, où il enseignait aussi l’éthique.
C’est également à travers le prisme des grandes questions qu’il considère les injustices dans le monde: «Nous sommes tous égaux – nous les êtres humains, mais aussi les animaux et la nature», affirme-t-il avec conviction. Pour cette raison, il consacre depuis des années une partie de sa fortune à des projets de développement. C’est un héritage – une vente de terrain – qui l’a récemment incité à faire un don substantiel à Helvetas. Il a légué le reste à ses deux enfants. «Ma retraite me suffit. De toute façon, ma plus grande richesse, ce sont mes enfants et mes petits-enfants.» Il souhaite par ailleurs que ses peintures soient vendues au profit de la coopération au développement, quand il ne sera plus là.
«L’approche holistique d’Helvetas me plaît beaucoup.»
Monsieur Rohner, donateur
En lien avec des personnes lointaines
Helvetas a conseillé M. Rohner pour que son don soit utilisé conformément à ses idées. Son choix s’est arrêté sur un projet en Tanzanie qui porte sur la chaîne de valeur alimentaire en ville, de la production aux champs en passant par l’amélioration des conditions de transport, de stockage et de marché jusqu’à la sensibilisation des écolier·ères et à des repas scolaires sains. Les parents et la municipalité sont également impliqués, afin de donner un large appui à une alimentation équilibrée. «Cette approche holistique d’Helvetas me plaît beaucoup», déclare M. Rohner.
Le retraité n’est jamais allé en Tanzanie ni même en Afrique. Mais ses parents l’ont sensibilisé très tôt à la situation des personnes souffrant de la faim ou de malnutrition. C’est aussi pour cette raison qu’il ressent un lien profond avec les personnes défavorisées qui y vivent, comme il l’explique.
M. Rohner considère comme essentiel d’être en lien avec les autres, tant dans son cercle de connaissances qu’avec des inconnu·es. Échanger et passer du temps avec ses semblables lui donne de la force. Tout comme être solidaire de personnes lointaines. Que dirait-il à celles qui participent au projet qu’il soutient? Il ne peut pas les rencontrer personnellement, mais il les encouragerait à partager leurs connaissances. «Transmettre quelque chose est un trésor que nous portons toutes et tous en nous. Je souhaite que ce projet leur donne la possibilité de le faire», répond-il, une lueur dans les yeux
