Une fois de plus, le géant du café Starbucks fait parler de soi pour ses méthodes douteuses d'optimisation fiscale – et la Suisse est à nouveau au cœur du problème : un nouveau rapport révèle comment le plus grand vendeur de café au monde prive la Colombie et la Tanzanie de recettes fiscales via son bureau commercial de Lausanne.
Communiqué de presse d'Alliance Sud. Alliance Sud est le centre de compétence en matière de politique de développement soutenu par Helvetas et d'autres grandes œuvres d'entraide suisses.
Le centre de recherche CICTAR (Center for international Corporate Tax Accountability and Research) montre comment Starbucks comptabilise des bénéfices substantiels dans son bureau commercial de Lausanne au lieu de les déclarer dans les pays producteurs de café que sont la Colombie et la Tanzanie. Dominik Gross, expert en politique fiscale internationale chez Alliance Sud, explique : « Starbucks paie une grande partie de ses impôts non pas dans les pays producteurs, où les caféicultrices et caféiculteurs triment pour créer de la valeur ajoutée, mais dans le canton de Vaud, où le groupe bénéficie de taux d'imposition très bas. » De plus, les faibles marges réalisées sur place entraînent une baisse des revenus des cultivateurs.trices de café.
Dès le printemps 2025, CICTAR a révélé comment Starbucks prive de recettes fiscales les pays qui vendent son café. Starbucks utilise son « programme éthique » comme prétexte à ces opérations de transfert de bénéfices, générant des rendements allant jusqu'à 18 % à Lausanne, en Suisse. Aux consommateurs.trices du monde entier, ce programme vise à présenter Starbucks comme une entreprise de café équitable. Le nouveau rapport de CICTAR analyse les seuls comptes annuels publics des centres de soutien aux paysans (Farmer Support Centers) de Starbucks en Colombie et en Tanzanie. Il en ressort que les dépenses de soutien sont négligeables et les avantages pour les agricultrices et agriculteurs minimes.
L’OCDE dans les griffes de Trump
Le cas de Starbucks illustre comment les règles fiscales dominantes de l'OCDE favorisent les grands groupes et les pays pratiquant le dumping fiscal comme la Suisse : les récentes concessions fiscales accordées par les pays de l’OCDE à l’administration Trump fragilisent davantage les règles de l’OCDE en matière d’imposition minimale, introduites en 2024 seulement, au profit des États-Unis et des pays fiscalement cléments comme la Suisse. Parallèlement, les coupes massives dans les budgets de la coopération internationale dans de nombreux pays, y compris la Suisse, rendent les recettes fiscales supplémentaires encore plus cruciales pour le développement durable.
Lueur d’espoir à l’ONU
Une issue à cette situation dramatique réside dans la nouvelle convention fiscale de l’ONU. Un nouveau cycle de négociations débute la semaine prochaine à New York. La Suisse y sera une fois de plus en première ligne pour défendre la prééminence de l’OCDE. Dominik Gross : « En tant que pays siège de l'ONU, qui abrite la Genève internationale et joue souvent le rôle de médiateur entre les grandes puissances, la Suisse jouit d'une bonne réputation à l'ONU. Avec ses positions en matière de politique fiscale, elle nuit à sa réputation et torpille ainsi de nouveaux fonds pour le financement du développement. » En définitive, cela va à l’encontre de ses propres intérêts : un monde qui manque de ressources financières pour lutter contre la pauvreté et les conséquences de la guerre et de la crise climatique représente également une menace pour la Suisse.
Pour plus d’informations :
Dominik Gross, expert en politique fiscale internationale chez Alliance Sud : dominik.gross@alliancesud.ch, +41 (0)78 838 40 79.
À partir du lundi 2 février, Dominik Gross sera à New York pour les négociations sur la convention fiscale de l’ONU.
