© KEYSTONE/DPA/Florian Gaertner

Commission allemande Nord-Sud

Peut-elle renforcer la coopération internationale ?
PAR: Patrik Berlinger - 04 novembre 2026
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Alors qu'en Suisse le Conseil fédéral met le Parlement devant le fait accompli en matière de coopération internationale, le gouvernement allemand met en place une commission Nord-Sud. Celle-ci a pour mission de donner un élan novateur à la coopération au développement, ainsi que de repenser et renforcer la politique structurelle et de développement à l'échelle mondiale. 

Après le démantèlement de USAID, l'Allemagne est devenue le principal acteur de la coopération au développement. Pour tenir compte de cette situation, la coalition composée de la CDU/CSU et du SPD, sous la houlette du chancelier fédéral Friedrich Merz, souhaite faire revivre une idée datant de l’ère de Willy Brandt: dès avril 2025, il a été convenu dans l’accord de coalition de mettre en place une commission Nord-Sud chargée de redéfinir les relations de l’Allemagne avec les pays en développement et d’orienter la coopération internationale vers les défis du XXIe siècle. 

Le gouvernement allemand emprunte ainsi une voie bénéficiant d’un soutien plus large que la Suisse. Dans notre pays, les deux conseillers fédéraux chargés de la coopération internationale (CI), Cassis et Parmelin, ont, à peine un an après l’adoption de la stratégie actuelle de CI 2025-2028, lancé la nouvelle orientation de la coopération internationale (CI), annoncé de nouvelles coupes budgétaires et déjà posé les jalons. Et ce sans consulter les acteurs et actrices concerné·e·s – Parlement et commission consultative, DDC et SECO, société civile et ONG ainsi que d’autres expert·e·s.  

Les opinions divergent quant au profil thématique 

Mais revenons à l'Allemagne: sur le fond, le profil de la commission envisagée est resté longtemps vague. Des débats controversés ont lieu, et à ce jour, les instances concernées par l'engagement international de l'Allemagne – le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ), le ministère fédéral des Affaires étrangères et le ministère fédéral des Finances  – s'affrontent encore sur le mandat précis de la commission et sur ses effectifs. 

Le SPD a pris les devants très tôt dans le processus en publiant une prise de position qui formule des propositions ambitieuses: la commission doit clairement miser sur le développement de règles mondiales et transparentes. Le parti s'inscrit ainsi dans l'héritage social-démocrate et le modèle historique de la commission Brandt, créée par la Banque mondiale en 1977. Avant que des puissances mondiales telles que les États-Unis ou la Chine ne définissent les règles du jeu en fonction de leurs intérêts, indique la prise de position, il convient de saisir cette phase de bouleversements comme une opportunité, et ce «pour un système international plus inclusif et plus juste». Une grande majorité des gouvernements reste favorable à un multilatéralisme fonctionnel et équitable. Parallèlement, on observe un intérêt croissant pour les alliances, notamment sur des thèmes globaux tels qu’un «impôt sur les milliardaires» ou un «financement climatique» adéquat. 

L'Union souhaite revoir ses ambitions à la baisse 

Par ailleurs, le SPD espère que les travaux de la commission apporteront des idées novatrices et des recommandations d’action réalistes afin de faire évoluer l’engagement international de l’Allemagne. Il s’agit notamment de stratégies et de critères pour la coopération avec des gouvernements considérés comme des «partenaires difficiles» – par exemple dans les domaines de la protection du climat et de l’environnement ou de la santé. Cela fait référence à la Chine et à d’autres États autoritaires. Le parti mise en outre sur un soutien international, indépendant de groupements tels que le G7, le G20 ou les institutions de Bretton Woods, avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. L’objectif doit rester «un espace représentatif d’élaboration des politiques mondiales». Les pays souhaitant s’engager dans la gouvernance multilatérale, comme l’Indonésie, le Brésil et la Colombie, devraient assumer des rôles de direction et de pilotage. 

L’Union conservatrice (CDU/CSU) n’est guère séduite par ces propositions social-démocrates de politique structurelle. Elle souhaite une solution nettement plus modeste et allégée, à savoir une commission purement allemande et exclusivement axée sur la politique de développement. Afin de prévenir d’éventuels conflits au sein de la coalition, le BMZ, qui pilote le dossier, a déjà, par mesure de précaution, atténué les exigences relatives à la mission et à l’horizon thématique de la commission. 

Lancement réussi de la commission 

Indépendamment des divergences et malgré les tensions géopolitiques et les contraintes budgétaires, la Commission Nord-Sud a été lancée cet été lors de la troisième Conférence de Hambourg sur le développement durable (HSC). Elle est présidée par l’ancienne présidente du Costa Rica, Laura Chinchilla, et l’ancien chancelier fédéral Olaf Scholz. La commission elle-même devrait compter une vingtaine de représentant·e·s du Sud et du Nord – le processus de sélection est en cours. 

La Commission a d’ores et déjà décidé que le Pacte pour l’avenir, adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2024, ainsi que le futur de l’Agenda 2030, constitueront ses fondements essentiels. Le processus de négociation sur la suite de l’Agenda pour le développement durable entrant dans sa phase décisive avec le sommet des ODD de septembre 2027, il ne reste plus beaucoup de temps. Ce sommet aura pour objectif de donner un dernier élan à la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD) afin de réduire au maximum l’écart par rapport aux objectifs fixés. Il sera également question de l’après 2030. L’Agenda 2030 sera-t-il «prolongé», revu à la baisse et réédité – ou échouera-t-il complètement? 

Les paroles doivent être suivies d'actes 

Pour que la Commission soit pertinente et puisse travailler efficacement, il serait intéressant de la rattacher au Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC). Elle devrait tourner la page de son modèle historique, la Commission Brandt des années 1970, et emprunter une autre voie: s’éloigner du mode de fonctionnement traditionnel des commissions d’hommes d’État chevronnés pour adopter une approche inclusive et axée sur les processus, qui prenne en compte les nombreuses voix, parfois contradictoires, issues du Sud. Les voix de la société civile, par exemple, qui sont mises sous pression dans de nombreux endroits. Il est nécessaire d’aborder ouvertement les conflits d’intérêts, les continuités néocoloniales ainsi que la responsabilité face aux inégalités mondiales – notamment en matière de fiscalité des multinationales, de financement du développement et de la lutte contre le changement climatique, d’exploitation des matières premières critiques et du problème de l’endettement croissant des pays les plus pauvres. 

La Commission peut envoyer un signal fort en faveur d’une plus grande justice mondiale, de partenariats d’intérêt commun et d’un rôle fort des Nations unies. Mais tout cela ne sera crédible que si le gouvernement allemand agit de manière cohérente et dans l’esprit des Objectifs de développement durable – par exemple en matière de désendettement, de règles fiscales équitables, d’ambitions climatiques et d’un financement du développement fiable et adéquat – au lieu de continuer à réduire les dépenses précisément dans ce domaine. Ce qui vaut pour l’Allemagne s’applique d’ailleurs également à la Suisse. 

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