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La pandémie de coronavirus est une menace globale

La pandémie ne s'arrête pas aux frontières nationales, la solidarité non plus.
PAR: Geert van Dok – 03 avril 2020
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La pandémie de coronavirus a de lourdes conséquences pour la Suisse et ses voisins européens, mais aussi pour les pays en développement. Dans le monde, les États les plus pauvres manquent de ressources pour y faire face et l'impact économique mondial du Covid-19 aggrave la situation déjà fragile dans ces pays. C'est pourquoi la solidarité ne doit pas avoir de frontières.

La Suisse est confrontée à des défis intérieurs majeurs en raison de la pandémie de coronavirus, qui frappent le système de santé, la vie sociale et les perspectives économiques. La crise sollicite tout du gouvernement, de la société et du secteur privé. Une nouvelle fois, l'importance d'un État fort et d'institutions fonctionnant bien est démontrée. Mais la pandémie de coronavirus ne s'arrête pas aux frontières, quelle que soit la rigueur des mesures prises.

Les pays en développement sont concernés

L'ampleur de la pandémie de coronavirus n'est pas encore prévisible. Mais à chaque jour où elle fait des ravages, les conséquences deviennent plus évidentes dans les pays en développement. Des millions de personnes n'ont pas d'eau propre pour respecter les mesures d'hygiène de base. La situation alimentaire est précaire et va empirer en raison du changement climatique. Arif Husain, économiste en chef du programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM), a mis en garde dernièrement lors d'une interview: «Une personne, qu'elle soit âgée ou jeune, souffrant de malnutrition et infectée par le virus va mourir. À moins qu'elle ne reçoive de l'aide.»

Les systèmes de santé aussi sont fragiles et de nombreuses personnes n'ont aucun accès à l'infrastructure  médicale. Le risque d'infection est particulièrement élevé pour les quelque 50% de la population vivant dans des villes, le plus souvent dans des espaces confinés. Même avant la pandémie, les infrastructures et les services locaux étaient incapables de suivre le rythme de la croissance démographique. En Afrique, plus de la moitié de la population urbaine vit dans des bidonvilles, et seulement 40% de ces personnes ont accès à des installations sanitaires appropriées. Endiguer la pandémie en appliquant des mesures strictes s'avère donc presque impossible.

Par ailleurs, de nombreux pays en développement connaissaient déjà une crise sociale, économique et politique avant la pandémie de coronavirus, dont les effets sont encore exacerbés de ce fait. En raison de leurs faiblesses structurelles, ces pays sont encore plus vulnérables et ils manquent des ressources nécessaire pour pouvoir prendre des mesures comme le font les pays riches, afin d'atténuer les effets de la crise. Les pays en développement souffriront plus longtemps encore des conséquences de la pandémie. Ils ne peuvent pas mettre en place des plans de sauvetage pour la société et l'économie. En raison des interdépendances économiques dans un monde globalisé, leur situation devient de plus en plus critique.

Répercussions sur l'économie mondiale

La pandémie de coronavirus soumet l'économie mondiale à une phase très critique. Les relations commerciales sont bloquées ou suspendues, les prix des matières premières chutent, les revenus du tourisme disparaissent. Les mesures d'aide prises par les pays industrialisés et émergents donnent aux entreprises qui y sont établies un avantage notable sur leurs concurrents dans des pays en développement, souvent déjà faibles. Un problème en particulier est celui du retrait des capitaux d'investissement vers des «valeurs refuge». En réponse à la crise de Covid-19, la fuite des capitaux a augmenté comme jamais dès fin janvier dans les pays en développement, jusqu'à atteindre des proportions dramatiques pour les pays concernés. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'arrivent des défauts de paiements et des crises de la dette. Selon les indications du FMI: à fin 2019, c'est-à-dire avant même le coronavirus, 33 pays pauvres présentaient déjà un risque élevé de surendettement ou étaient insolvables. Le président du Sénégal, Macky Sall, a déjà demandé une réduction de la dette.

Les premières estimations de l'ONU prévoient que les conséquences économiques de la pandémie pourraient soustraire un billion de dollars US du revenu national brut mondial. Si la croissance de l'économie mondiale diminue de 0,5 % en 2020 suite à la crise provoquée par le coronavirus, ce chiffre atteindrait alors les deux billions de dollars US. Afin d'éviter une récession mondiale, le FMI, la Banque mondiale, l'UE, les gouvernements nationaux et les principales banques centrales ont déjà annoncé des programmes pour des montants de plusieurs milliards. Ils peuvent être une opportunité: en étant utilisés correctement, ils renforcent non seulement les systèmes de santé publique mais peuvent également mettre en oeuvre des programmes de relance économique d'envergure en faveur du développement durable.

L'Afrique, l'Asie du Sud et l'Amérique latine doivent se préparer au pire

Le coronavirus est désormais arrivé dans les régions les plus pauvres du monde. Là où les hôpitaux sont mal équipés et l'accès à des centres de santé difficile. Nous pouvons agir tous ensemble!

La solidarité et l'humanité ne peuvent pas s'arrêter aux frontières nationales

Suite au coronavirus, il n'est pas certain qu'une crise de développement puisse être évitée. Cependant, tout doit être fait. C'est pourquoi la solidarité ne doit pas s'arrêter aux frontières. Il n'existe pas de solutions nationales aux problèmes mondiaux. Grâce à leur engagement humanitaire en faveur des plus pauvres, les pays riches peuvent atténuer les conséquences les plus graves de la pandémie. Cependant à long terme, la communauté des nations doit poursuivre les «Objectifs de développement durable» (ODD) sans relâche et de façon ambitieuse. En 2015, elle a ainsi établi les bases d'une transformation sociale et économique qui doit aussi renforcer les pays en développement face à des situations extrêmes et des crises telles que la pandémie de coronavirus.

Pour l'instant, il s'agit toutefois de contrer la catastrophe imminente liée au coronavirus qui est, selon les mots du Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres, la pire crise depuis la seconde guerre mondiale. L'ONU a lancé un appel à l'échelle mondiale et a sollicité pour 2020 deux milliards de dollars afin de pouvoir mener la lutte contre le Covid-19 dans les pays où les besoins humanitaires sont criants. L'OCHA, le bureau de l'ONU pour la coordination humanitaire, veut pouvoir prendre de nouvelles mesures d'urgence dans les domaines de la santé publique, de la logistique et du soutien socio-économique pour la période allant jusqu'à la fin de l'année. Cette action sera ciblée sur les communautés les plus vulnérables dans 64 pays, y compris ceux accueillant des réfugiés et des migrants. Le Secrétaire général adjoint de l'OCHA, Mark Lowcock, plaide: «Abandonner à leur sort les pays les plus pauvres et les plus vulnérables serait à la fois cruel et stupide.» C'est pour cela que l''ONU exige des pays donateurs qu'ils ne réorientent pas les fonds des projets d'aide existants vers d'autres n'ayant aucun rapport avec le coronavirus.

Cette année, la Journée mondiale de la santé du 7 avril a été consacrée au personnel soignant et a voulu rappeler aux politiciennes et politiciens le rôle crucial que jouent les infirmières et les autres professionnels du secteur médical. Ils sont maintenant au premier plan de la santé mondiale, mettant leur propre vie en danger. Sans eux, le coronavirus ne pourrait tout simplement pas être combattu.

Les conséquences mondiales du Covid-19 devraient également rappeler à la Suisse sa tradition humanitaire. Le Conseil fédéral peut et doit exprimer la solidarité de la Suisse avec les populations pauvres et vulnérables des pays en développement, ainsi que soutenir le programme de l'ONU en plus de son engagement majeur pour réduire les conséquences de la maladie sur le territoire. Il serait incompréhensible que la Suisse se tienne à l'écart de la communauté internationale.

© Maurice K. Grünig / Helvetas
Chargé de communication politique
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La Suisse doit prendre ses responsabilités vis-à-vis des pays plus pauvres, notamment dans ses politiques commerciale extérieure, climatique et migratoire.