L'école dans une tablette

La Covid -19 a rendu nécessaire de repenser les cours d'alphabétisation. Le programme PENF a donc créé des applications en langue locale pour les leçons à distance.
PAR: Mamadou Koné – 28 juin 2021

 « Le premier jour, quand j’ai reçu la tablette mes mains tremblaient. J’étais très contente, mais j’avais aussi le souci de ne savoir pas comment l’utiliser » se rappelle Nountènè Diawara, 27 ans participante aux cours d’alphabétisation du programme Programme d’Appui à l’Education Non Formelle (PENF). « Je ne suis jamais allée à l’école, ni à la medersa, et je n'ai même jamais eu un téléphone Android.Je craignais de ne pas pouvoir m’en sortir et pour cela j’ai même demandé à être remplacée. C’est grâce à l’insistance et aux encouragements du formateur si je n’ai pas abandonné le cours » continue Nountènè.

L’apparition de la Covid a obligé le PENF à revoir ses méthodes de travail car il fallait trouver un système pour ne devoir pas arrêter les cours. En décembre 2020, en accord avec la Coopération Suisse qui finance le programme, l’équipe du projet a commencé l’expérimentation de la formation à distance. Les modules d’alphabétisation et formation technique qualifiante ont été traduits en langue locale et réorganisés en des séquences journalières pour faciliter leur numérisation suivie par la création des applications numériques. Les applications peuvent être téléchargées par les apprenants sur Google Play store, accédées à partir de l’application mobile PENF MALI MOBILE ou sur le site www.penfmali.org. Les participants au projet ont reçu chacun une tablette pour suivre les leçons avec un formateur et pour s'entraîner à la maison.

«Je ne suis jamais allée à l'école, j'avais peur de ne savoir pas utiliser la tablette, mais après j'ai commencé à lire, calculer et même à prendre des photos de mes enfants»

Nountènè Diawara, apprenante PENF

« Après un mois, j’y ai pris goût à utiliser la tablette et en plus de l’apprentissage je prenais les photos de mes enfants, ce qui pour moi était extraordinaire » ajoute Nountènè en souriant « et plus tard j’ai commencé à lire et calculer car cela faisait partir de mes motivations à suivre la formation ».

« A la cérémonie de clôture de la session d’apprentissage en présence des autorités du village, l’animateur m’a demandé de montrer ce que j’avais appris, en me faisant faire un test de niveau en « Kalandjè » (lecture en langue bamanan, ndr) et « jaté » (calcul). Malgré l’émotion, j’ai pu relever ce défi en lisant correctement un passage de kalanjè sur ma tablette et en effectuant une opération de calcul à trois chiffres sur le tableau et j’étais très fière de recevoir les applaudissements » se rappelle la jeune femme.

Dans les différentes zones d’intervention, 679 personnes, dont 619 femme, ont été formées en alphabétisation avec les tablettes; trois sur quatre ont réussi à l’évaluation finale.

Le projet a formé 679 personnes, dont 619 femme,  en alphabétisation avec les tablettes 

« Avant, quand je voyais d’autres femmes tenir le cahier de gestion comptable lors de nos réunions de tontines (groupe d’épargne et de solidarité, ndr) entre femmes, je ne pouvais pas m’empêcher de les envier et de me demander :  est-ce que je serai un jour capable de faire comme elles ? ».

Désormais, Nountènè est capable de calculer ses revenus quotidiens, de noter dans son carnet tout ce qui concerne l'achat et la vente de légumes et de mangues et de calculer le bénéfice de son  commerce.

« Je suis membre d’un groupe qui exerce l’activité de maraichage, et après ma formation, les autres membres m’ont demandé de calculer les dimensions d’une planche de laitue lors d’une séance pratique au périmètre maraicher et de déterminer le nombre de plants à y repiquer. C’était un honneur pour moi, dans la mesure où je peux maintenant être utile pas seulement pour moi-même et ma famille, mais aussi pour le groupement » .