Des briques pour reconstruire la vie des femmes déplacées

A Rambo, le projet WASHPRO réalise des latrines et offre aux femmes une opportunité de gagner de l’argent
PAR: Emmanuel Yaméogo – 20 juillet 2020

Elles sont trois femmes, deux ont été forcées de fuir leur village à cause des violences, l’autre les a accueillis dans sa maison. Ensemble, elles confectionnent des briques en terre battue pour la construction des latrines à Rambo, situé à environ 68 kilomètres de Ouahigouya au nord du Burkina.

Safiéta Sawadogo,  42 ans environ et mère de 5 enfants a quitté Gorgadji avec son mari depuis près d’une année suite à la crise sécuritaire qui y prévaut. A Gorgadji elle avait pour activité la vente d’une boutique avec ses coépouses, arrivé à Rambo elle a essayé de retrouver un peu de normalité et une source de revenus.

« Je voudrais acheter un téléphone portable afin de pouvoir joindre mon mari et mes enfants qui sont sur les sites d’orpaillages, la crise a fait que nous nous sommes séparés de nos amis et connaissances et je voudrais avoir de leurs nouvelles » nous a-t-elle confié.

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Rambo accueille environs 1000 personnes déplacées internes venues des différentes localités qui ont subi des attaques par des groupes armés. Cette augmentation de la population a mis en évidence le besoin criard en latrine car quatre ménages sur dix n’en disposent pas. Helvetas à travers son projet WASHPRO financé par la Chaine du Bonheur et Medicor Foundation, intervient dans trois communes de la province du Yatenga, dont Rambo, pour construire des latrines, réhabiliter des forages, sensibiliser sur les bonnes pratiques en matière d’hygiène et distribuer de l’argent au familles plus vulnérables pour qu’elles puissent subvenir aux besoins de base. Plusieurs personnes déplacées internes contribuent aux différents travaux réalisés par le projet, cela leurs permet de gagner un peu d’argent et essayer de recommencer une nouvelle vie.

Awa Sawadogo, 32 ans, est mère de 3 enfants: Dès qu’elle a été obligée d’abandonner sa maison à Gorgadji, elle a eu du mal à s’en occuper pour manque de revenus. « La vente des briques me permet d’acheter des habits pour mes enfants et moi, et de subvenir à d’autres besoins » dit-elle.  

« Je compte gagner de l’argent avec la confection des briques pour réparer mon congélateur qui est en panne depuis cinq mois » déclare Asséta Sore, 37 ans et mère de 3 enfants. « Je vendais du jus et de l’eau au marché de Rambo mais je n’arrive plus à mener mon activité» ajoute-t-elle.  Ces difficultés n'ont pas  empêché la famille de Asséta d’ouvrir la porte à  Awa et Safiéta.

Malgré leurs problèmes, ces trois femmes sont heureuses de leur activité car elles reçoivent quotidiennement les encouragements et les félicitations des autres femmes et des villageois. Un ancien de Rambo explique qu’il est de coutume que les femmes fabriquent des briques dans le village, même si cela n’est pas toujours facile. Le sable de qualité, fondamentale dans la confection des briques, se trouve à deux kilomètres du village, et c’est avec une charrette sans âne que les trois femmes vont le chercher très tôt le matin.

« Nous commençons à travailler à 7 h et nous continuons jusqu’à 18 h. Nous utilisons des pelles, des pioches, la moule et des seaux sans oublier une barrique et la charrette que nos voisins nous a prêté pour que nous puissions aller chercher le sable et transporter les briques» affirme Awa.  « Nous pouvons fabriquer environ 50 briques par jour puisque nous faisons aussi des tâches ménagères » ajoute-t-elle.