Transformer les déchets en énergie, la belle entreprise de Assami

Après six années d'études, il a abandonné l'université pour se consacrer à la production de charbon écologique. Grâce à son adhésion au PAPEA, il a élargi ses relations d'affaires et développé son activité.
PAR: Rose Congo – 23 juillet 2021

Il est 10h et le soleil est déjà piquant ici, à Nioko 2, un quartier à la périphérie de la ville de Ouagadougou. Au sein de l’unité de production de charbon biologique de BURKINA ECOLO TECH, retentissent des coups de pilon. À l’entrée de la cour, on y entend des voix, des jeunes hommes en train d’écraser des pailles brulés de couleur noirâtre et des femmes qui tamisent la poudre obtenue. Arrêté à côté des femmes, Assami Ouédraogo, 27 ans, responsable de l’entreprise, les explique les quantités d’argile, d’amidon et d’eau à ajouter dans la poudre noire : c’est du biochar, une substance obtenue à l’issue de la carbonisation des déchets, utilisées dans la fabrication du charbon écologique.  

Le jeune entrepreneur a débuté cette activité en 2017 lorsqu’il était un étudiant en 6e année de médecine.  Il avait une petite entreprise de reprographie et il subissait des pertes énormes en papier. Au début, il carbonisait les feuilles pour en faire du biochar, mais à la longue, passionné de ce métier, il s’est orienté vers d’autres matières qu’il pouvait utiliser comme la paille, les déchets ménagers, les résidus des fruits. Avec pour vision d’apporter sa contribution dans la lutte contre la déforestation et la protection de l’environnement, Assami décide d’arrêter ses études pour se consacrer à son entreprise.

BURKINA ECOLO TECH produit maintenant du charbon biologique pour la grillade, la cuisson d’aliments et le fumage. « Nous collectons les déchets végétaux dans les prairies, les bacs à ordures etc. Les déchets secs sont carbonisés et ceux qui sont encore frais sont séchés avant d’être brulés. Après la carbonisation, nous avons du biochar que nous broyons et mélangeons à de l’amidon et l’argile » déclare Assami. Le jeune entrepreneur utilise aussi les coques d’arachide, les épis de mil et de maïs qu’il recueille auprès des transformateurs agro-alimentaires.

Extraction de la poudre de paille
1/4
Les femmes tamisent la poudre de paille
2/4
Mélange de la poudre de paille avec de l'eau, de l'amidon et de l'argile
3/4
Malaxage et modelage de la pâte obtenue
4/4

En 2019 Assami participe à des ateliers d’information du Programme d’Appui à la Promotion de l’Entrepreneuriat Agricole (PAPEA) et comprends qu’il y a des opportunités pour son entreprise. Le PAPEA, financé par la Coopération Suisse et mis en œuvre par le consortium Helvetas et l’organisation Néerlandaise de Développement (SNV), encourage les entreprises à se regrouper en grappes (clusters) afin de dialoguer pour identifier les difficultés et les opportunités de marché. Dans la zone péri-urbaine de Ouagadougou, le PAPEA appuie le développement des entreprises dans les filières tomate, fraise, volaille et porc. « J’ai décidé de participer aux rencontres de la filière volaille, parce que j’ai vu l’opportunité d’établir des relations d’affaires avec des éleveurs, des grilleurs, des restaurateurs, des institutions de microfinances etc. » affirme-t-il.

Le charbon écologique, une solution aux problèmes des aviculteurs

Marcel Zoungrana, éleveur de volaille a perdu une cinquante de poussins car il a utilisait du charbon de bois pour les réchauffer. Ce charbon dégage du gaz carbonique qui étouffe les poussinets et provoque ainsi leur décès. Cela fait déjà trois ans qu’il prend le charbon écologique avec BURKINA ECOLO TECH. 

«Depuis que j’utilise ce charbon, je n’ai plus perdu de poussins, en plus il est plus avantageux que le charbon de bois»

Marcel Zoungrana, éleveur de volaille

Il renforce ses capacités pour accroitre son chiffre d’affaires

Assami Ouédraogo a bénéficié de plusieurs formations sur l’inclusion financière organisée par le PAPEA qui lui ont permis de mieux organiser son entreprise et de suivre ses dépenses quotidiennes.  « Lorsque j’étais dans le secteur informel, c’est moi qui m’occupais de tout, je prenais des commandes que je n’arrivais pas à satisfaire, mais à travers ces formations, j’ai vu que je ne devais pas tout gérer et que je pouvais confier certaines tâches à d’autres personnes, » affirme le jeune entrepreneur. « Actuellement, je connais la quantité à produire en fonction des périodes et sais comment coordonner mes livraisons » ajoute-t-il.

Avec l’appui du PAPEA, BURKINA ECOLO TECH a vu naître une gamme de clientèle et a commencé à recruter du personnel, à travailler dur pour satisfaire la demande. Le jeune entrepreneur a pu contracter certains prêts avec des institutions de microfinance pour répondre à des urgences de commande, car la demande était forte. « J’ai pu fidéliser certains clients et augmenter mon chiffre d’affaires de 10 à 15% » déclare Assami. L’entreprise est organisée en trois sections : la collecte, la carbonisation et la transformation. Le personnel est composé de neuf employés dont trois hommes et six femmes. Assami produisait 500 à 600 kilogrammes de charbon par semaine ; maintenant, il fabrique 1 tonne par semaine et arrive à payer les salariés, épargner et prendre soin de sa famille. Le charbon écologique a un coût très abordable, 1 kilogramme est commercialisé à 250 francs. Il est plus économique car il se consume lentement que le charbon de bois.  

Séchage des boules de charbon
1/3
Conditionnement du charbon dans un carton 
2/3
Site de production de l'entreprise BURKINA ECOLO TECH
3/3

Il conçoit du matériel adapté à l’utilisation du charbon écologique

Le jeune entrepreneur possède également un atelier de conception métallique pour créer de matériel qui permet l’utilisation efficiente du charbon écologique tels que les fourneaux, les fours, les fumoirs et les rôtissoires. L’objectif est d’aider les clients, essentiellement les ménages et les restaurateurs à se doter de l’équipement adapté à l’utilisation de ce charbon.

 

«Je suis satisfaite du barbecue et du fumoir que j’ai acheté avec BURKINA ECOLO TECH. Le barbecue est large et son utilisation est possible lorsqu’il y a la pluie. Le fumoir aussi est grand et peut prendre cent poulets ou pintades simultanément.  Avec le charbon biologique, le feu est doux, ça cuit lentement, ce n’est pas nocif pour la santé et c’est économique»

Alima Zagré, charcutière

Dans toute activité, les difficultés existent car le jeune entrepreneur travaille de façon artisanale ce qui l’empêche de produire en grande quantité. « Nous souhaitons aller vers une production semi-industrielle avec des machines comme un broyeur, le défi pour nous est de doubler notre capacité de production, c’est-à-dire, passer de 1 tonne à 2 tonnes par semaine » aspire Assami. « A moyen terme, nous aimerions avoir une unité de production dans les grandes villes du Burkina Faso et à long terme, nous souhaitons conquérir le marché international » ajoute-t-il.

Grâce à cette activité, le jeune entrepreneur est devenu une référence au Burkina Faso. Depuis le démarrage à nos jours, il a été sélectionné par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour un projet d’incubation dénommé le PROFEJEC et en 2020, il a participé à une compétition internationale où il a représenté le Burkina Faso à la coupe mondiale de l’entrepreneuriat aux Etats-Unis.

 

Fumoir produit par BURKINA ECOLO TECH
1/4
Fourneau fabriqué par l'entreprise
2/4
Combustion du charbon écologique
3/4
4/4
« Pour les jeunes qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat, il faut s’armer de courage, avoir confiance en ce que l’on fait. Pour ceux qui hésitent, je les invite à se lancer, car tant qu’on ne commence pas, on ne sait pas où on va atterrir. Les difficultés peuvent venir à tout moment, mais on arrive à les surmonter  »

Assami Ouédraogo, 27 ans, responsable de l'entreprise BURKINA ECOLO TECH