À 56 ans, Boukari Kiemtore est un homme qui a su transformer une nécessité en un exemple pour toute sa communauté. Marié et père de six enfants, il vit à Lalé, un village situé dans la ville de Zorgho, au Burkina Faso. En situation de handicap moteur, il a fait de la construction de latrines un combat personnel pour la santé et la dignité de sa famille, et il n’hésite pas à interpeller ses voisins sur ce sujet crucial.
De la subvention à l’autonomie
Il y’a plus de 15 ans, grâce à une subvention accordée par l’Etat, Boukari a pu construire sa première latrine. Ce fut un soulagement immense pour sa famille. Cependant, avec le temps, les installations se sont dégradées et usées.
Le déclic à la suite de la mise en œuvre des activités ATPC dans son village
C’est à l’issue du déclenchement de l’Assainissement Total Piloté par la communauté (ATPC) dans son village, mené par les animateurs du projet Laafia de Helvetas Burkina, que Boukari a véritablement pris conscience de l’urgence d’agir. Les séances de sensibilisation sur les méfaits de la défécation à l’air libre auxquelles il a assisté à plusieurs reprises, l’ont profondément marqué. Loin de rester un simple spectateur, il a pris l'initiative de réhabiliter sa latrine devenue vétuste, sans attendre une nouvelle aide extérieure. Pour lui, en tant que personne en situation de handicap, cette démarche revêtait une importance particulière : disposer d'installations fonctionnelles et sûres chez lui, plutôt que de dépendre de solutions précaires. Il a donc puisé dans ses propres ressources pour bâtir de nouvelles toilettes. « Les premières toilettes nous ont rendu un grand service, mais elles étaient devenues vieilles. Je n'allais pas revenir en arrière. J'ai donc décidé de les remplacer avec mes propres moyens. C'est un investissement pour notre santé et notre confort, » raconte-t-il avec fierté.
Un appel à la population
Aujourd’hui, Boukari ne se contente pas de bénéficier de ses toilettes. Il est devenu un ambassadeur de l’assainissement dans son village. Il interpelle sans cesse ses voisins et les membres de sa communauté sur les dangers de la défécation à l’air libre. Il témoigne : « Ce que j’ai fait, tout le monde peut le faire. Nous ne devons plus attendre des subventions pour agir. Construire des toilettes, c’est protéger sa famille, c’est prévenir des maladies comme le choléra et la diarrhée qui touchent particulièrement nos enfants. C’est surtout retrouver une certaine fierté. »
Pour Boukari, les bienfaits sont multiples et évidents. « Avoir des toilettes, c’est la tranquillité d’esprit. C’est aussi un gain de temps. Mais surtout, c’est la fin des maladies causées par les excréments qui traînent dans la nature, » insiste-t-il. Boukari Kiemtore, par sa persévérance et son exemple, prouve que l’assainissement est à la portée de tous et qu’il est un pilier essentiel pour une vie saine et digne. « L'argent investi pour ces toilettes, c'est le meilleur argent que j'ai dépensé de ma vie, » conclut-il avec le sourire.
Ce témoignage s'inscrit dans le cadre des actions de l’approche Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC) menées par le projet Laafia III, mis en œuvre par Helvetas Burkina. À travers la sensibilisation des communautés, l'accompagnement des ménages et le renforcement des capacités des acteurs locaux, le projet encourage l'adoption de solutions durables pour mettre fin à la défécation à l'air libre.
