Les jardins-forêts: garants d’un avenir vert et sûr

Des arbres et une verdure luxuriante à perte de vue – tel est l’objectif que poursuit Helvetas en collaboration avec des familles paysannes en Tanzanie. Dans une vallée rongée par la sécheresse, de riches forêts- jardins prennent forme. Ils permettent de combattre la faim, le changement climatique et la pauvreté.
Par Franz Thiel (texte et photos)

Pili Mohammed, Fatuma Gwau Kundya et John Minoja vivent dans une vallée isolée du centre de la Tanzanie. La saison des pluies vient de se terminer, la vallée resplendit de vert. Mais ce ne sont pas les arbres qui  lui donnent cette couleur; il n’y en a presque plus,  car ils ont été coupés pour en faire du charbon. Le sol est sec, le vent emporte ce qui reste de terre. Sans couronnes d’arbres pour protéger le sol du soleil brûlant et de racines pour retenir l’humidité, le terrain se dessèche rapidement. Avec les familles paysannes et l’organisation partenaire Trees for the Future, Helvetas a cherché et trouvé une solution durable: les jardins-forêts. Il ne s’agit pas de planter des jardins dans des forêts, mais de «guérir» le sol et de lui redonner sa fertilité au moyen d’arbres, afin qu’il reverdisse. Fatuma, John et Pili font part de leurs expériences. 

Pour reverdir les endroits sans arbres

Le nom est trompeur: les jardins-forêts n’ont rien à voir avec des forêts. L’idée est de combiner arbres et agriculture. La première année, on plante des arbres et des buissons qui poussent vite et dont les feuilles nourrissent le sol. Il s’agit d’une agriculture durable et biologique. Viennent ensuite des arbres fruitiers et des légumes, qui permettent aux familles paysannes de se nourrir sainement et régulièrement tout en gagnant un revenu. Dès la troisième ou quatrième année, les familles optimisent leurs jardins, mettant à profit le moindre recoin: les céréales, les légumes, les plantes fourragères et les buissons sont combinés de façon à se nourrir et à se protéger mutuellement pour que le sol reste fertile. Les jardinsforêts constituent probablement la forme la plus ancienne d’exploitation des sols et sont considérés comme l’un des systèmes agroécologiques les plus résistants. Ils lient le CO2 et freinent ainsi le changement climatique.

John Minoja est paysan et possède deux grands jardins-forêts, dont il s’occupe soigneusement depuis cinq ans.

 

«L’avantage d’un jardin-forêt est qu’il se maintient des années. C’est une approche durable, qui nous permet d’envoyer nos enfants à l’école et de couvrir nos besoins élémentaires. Il nous en faudrait plus, car ici, c’est déjà presque le désert. Le sol  est tellement sec! Là où de tels jardins sont cultivés, la nature se porte mieux. Il y a de nouveau des arbres, des légumes. Pendant la saison des pluies, du maïs et des haricots poussent dans mon jardin. Nous avons aussi des papayers, des arbres  à noix de cajou et des manguiers. En saison sèche, nous cultivons de l’okra, des oignons, des poivrons, de l’amarante et  des carottes. Et des avocats – mon produit préféré. Les arbres fruitiers et utilitaires sont une source supplémentaire de revenus. Nous pouvons récolter à tout moment, pas seulement pendant la saison des pluies comme avant. Et nous vivons  plus sainement. La saison sèche reste un vrai défi, car les insectes sont  de plus en plus nombreux à s’en prendre à nos arbres et à nos fruits. De plus, lorsque l’eau manque, le maïs et les haricots s’affaiblissent. Ce sont là les plus gros défis. Ce dont nous avons le plus besoin, c’est de l’eau.»

«Un jardin-forêt se maintient des années»

John Minoja

Fatuma Gwau Kundya est paysanne et a commencé à cultiver son jardin-forêt il y a trois ans.

 

«Grâce au jardin-forêt, j’ai aujourd’hui un enclos naturel composé de moringas et de gliricidias. Les feuilles, les graines et les racines du moringa sont bons pour la santé. Le gliricidia pousse rapidement, améliore la qualité du sol et constitue un bon fourrage pour les animaux. Il nous offre aussi de l’ombre et du bois pour faire du feu. Et grâce aux arbres et aux buissons,  les animaux ne peuvent plus entrer dans le jardin. Aujourd’hui, je peux cultiver des légumes toute l’année. Et ils sont meilleurs que ceux de mon voisin, car je n’utilise que de l’engrais naturel que je fabrique moi-même. Avant, j’étais très pauvre. Ma vie a vraiment changé grâce aux arbres et au jardin. Auparavant, je devais tout acheter au marché. Ce n’est plus le cas. Je suis très fière de mon jardin-forêt, parce que j’ai appris énormément de choses. Maintenant, je montre à mes voisins comment faire. Nous avons besoin de beaucoup plus de jardins-forêts ici, parce nous voulons devenir un village vert. Quand j’étais petite, il y avait de nombreux arbres ici et il pleuvait souvent. Mais les arbres ont été coupés pour obtenir des terres  et faire du charbon, ce qui fait que le sol ne peut plus absorber la pluie. Si nous plantons plus d’arbres, nous aurons plus d’eau.»

«Avant, j’étais très pauvre»

Fatuma Gwau Kundya

Pili Mohammed est la responsable technique des jardins-forêts de son groupe d’épargne et de crédit.*

 

«Nous mangeons normalement deux fois par jour: le matin,  de la bouillie de millet ou de maïs et des cacahuètes ou du thé avec des galettes de pain. L’après-midi, je prépare de l’ugali, une bouillie à base de farine de maïs, avec des légumes et des haricots. Le soir, nous faisons parfois un pot-au-feu composé de maïs, de haricots et de lait de coco. Avant, je ne plantais que du millet, du maïs et des cacahuètes. J’y ai ajouté les fruits de la passion, les mangues et les papayes. Et il y aura des arbres qui fourniront du fourrage,  des fruits et du bois. Je pourrai planter des légumes. Notre alimentation sera plus variée et je pourrai vendre le surplus. La nature ne se porte pas bien. Nous devons la renforcer pour les générations à venir, car les arbres leur seront aussi utiles qu’à nous. J’ai toujours su qu’il était important de prendre soin de la nature, mais je ne savais pas comment faire. Aujourd’hui, je le sais.»

*Helvetas encourage la formation de telles structures dans le but d’assurer la sécurité financière. Pili transmet son savoir-faire aux membres du groupe et à d’autres personnes intéressées. Elle a commencé à planter son jardin-forêt l’année dernière.

«Je peux vendre le surplus»

Pili Mohammed

Les algues, un superaliment

Manger plus d’algues permet d’aider le climat. Véritable superaliment, elles ne contiennent pas seulement des vitamines et des minéraux, mais produisent aussi  de grandes quantités d’oxygène et absorbent énormément de CO2. Les vaches qui mangent plus d’algues et moins  de foin émettent jusqu’à 80% de moins de méthane, nocif pour le climat.