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| Terzo messaggio di Bernard Zaugg, Port-au-Prince, 14 gennaio, 8.00, ora locale |
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Chaos et catastrophe majeure Quelques impressions après une journée dans une partie de Port-au-Prince.
Selon toutes les sources d'informations, l'ensemble de la zone métropolitaine de PAP (qui regroupe entre 3 et 4 Mio d'habitants) est terriblement touché : une quantité énorme et incroyable de bâtiments est détruite totalement ou partiellement. Toutes sortes de bâtiments : des habitations bien sûr mais aussi des hôpitaux, des écoles et universités, des administrations publiques, des commerces, et j'en passe. Le désastre physique est total.
Personnellement, j'ai hier eu la possibilité de passer (en voiture et à pied) dans différents quartiers de la partie sud de PAP (Pétion-Ville, les hauts de Delmas, le haut de Bourdon, Musseau). Ce que j'ai vu est à peine croyable et le choc est violent… Dans cette zone, je ne crois pas exagérer en disant qu'une construction sur deux ou sur trois est totalement effondrée soit complètement fissurée. En face du bureau de Helvetas Haïti par exemple, un quartier populaire bâti sur une le flanc d'une colline, entre 60 à 75% des maisons sont détruites; le quartier est transformé en un enchevêtrement de blocs de béton, de fers, empilés les uns sur les autres et tombé comme un château de cartes... En passant le matin devant une des ruelles qui débouchent de ce quartier, j'ai compté 5 à 6 cadavres à terre enveloppés dans des draps. Quand j'y suis repassé en fin d'après-midi, le nombre de morts alignés à terre devait bien dépasser la trentaine et une foule dense entourait ces cadavres, l'air hagard et désespéré. Et il est évident que ces corps alignés sont les rares qui ont pu être extraits de l'amoncellement de débris de construction…
A la recherche d'une collègue espagnole arrivée en Haïti depuis tout juste trois mois et logée dans un complexe d'appartements, je suis aussi passé dans la zone de l'hôtel Montana, un des hôtels les plus importants de la capitale (dont dépend l'appartement en question) : ce que j'ai vu est incroyable, il ne reste rien! Un immeuble de 3 ou 4 étages, près de 150 chambres, est complètement effondré! Des dizaines de constructions secondaires (appartements ou studios) dépendant de l'hôtel sont détruits. Même des constructions récentes, mises en service il y a à peine quelques mois sont à terre : 3 étages se sont empilés les uns sur les autres et enfoncés dans les 2-3 étages de parking souterrain… Les voies d'accès à ce lieu, complètement bloquées par des éboulements de terrain ne permettaient qu'un accès à pied. J'ai retrouvé ma collègue, saine et sauve heureusement, son appartement est fortement endommagé mais, par chance, il est resté debout. Elle était assise au milieu d'une centaine de personnes, hébergée dans le jardin d'une maison avoisinante (elle aussi en partie détruite), lieu de regroupement des rescapés, une bonne centaine, blessés ou pas. Un va-et- vient continu de blessés, sur des brancards de fortune… Un peu plus loin, une dame de 70 à 75 ans, assise sur une chaise sous un arbre devant les ruines de son appartement. Elle refuse de se déplacer, malgré l'insistance de sa fille, son mari étant mort depuis la veille et bloqué dans la maison. Avec des passants inconnus, nous sommes entrés prendre le cadavre de son mari et l'avons allongé près d'elle. L'émotion était totale…
Ce que j'ai vu sur ce site, certes dramatique, est une image banale de la situation qui prévaut partout ailleurs dans la capitale. Et là, étant donné "l'importance sociale" du lieu, une prise en charge des secours se met en place : des hélicoptères de la MINUSTAH évacuent les blessés les plus graves. Mais ailleurs, là où ne vivent que des gens "normaux", seule la solidarité et les efforts individuels sont à l'œuvre. Heureusement, ces mécanismes fonctionnent et interviennent comme ils peuvent pour sauver ceux et ce qui peut encore l'être… en prenant des risques incroyables. Ce constat est alarmant, strictement aucun des mécanismes de réaction d'urgence des grandes organisations internationales et de l'Etat haïtien n'était hier pour le moment repérable dans les rues…
En revenant vers mon domicile le soir, dans une zone par chance épargnée de la capitale, nous avons vu des centaines de corps enveloppés dans des draps, à terre dans les rues… Des milliers de gens errent dans tous les sens, à pied à la recherche soit d'un parent / de proches dont on est sans nouvelles ou pour se réfugier ailleurs! Et pour transporter à pied des blessés, sur des bouts de portes ou toute sorte de brancard de fortune vers d'hypothétiques centres de santé aussi rares que complètement saturés... Dans les lieux ouverts, places publiques ou autre endroits sans construction, des milliers de personnes se rassemblent, l'air hagard, s'abritant sous de pauvres draps ou plastiques tendus avec des cordes… Ils sont là, simplement pour être "à l'abri" des dégâts. Ils n'ont rien, rien à boire, rien à manger, sans rien, rien… Sans aucun moyen d'hygiène évidemment… Blessés et morts les uns à côtés des autres… En face du bureau de Helvetas, sur un terrain vague, une situation identique dès 10h du matin hier : des centaines de gens, assis par terre… Tout ce que j'ai pu faire a été de donner la consigne au gardien du bureau de mettre en place un système de distribution de l'eau que nous avons dans la citerne… En le quittant, j'ai seulement eu à espérer qu'il arriverait à le faire et que cela soulagerait peut-être la situation de ces personnes.
Partout la situation est la même, la désolation totale! L'imagination est à peine suffisante pour imaginer ce que vont être les prochains jours… dans ce chaos total et vu l'ampleur du désastre. Comment imaginer la solution au problème gigantesque pour à la fois gérer les secours dans la désorganisation la plus totale?... Comment gérer la prise en charge immédiate des centaines de milliers de sans abris? Comment remettre ensuite en route et en fonctionnement une ville de 3 Mio d'habitants, centre vital du pays, où tout ce qui est important est détruit…? Comment, comment…
PS: les communications téléphoniques sont totalement aléatoires… et le plus souvent non fonctionnelles… Impossible donc de vous "fixer" un rendez-vous téléphonique ou de vous rappeler…
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