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| Sixième rapport de Bernard Zaugg, 17 janvier, 21.47 heure locale |
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Extraits du message
Ce n'est finalement que ce soir que je trouve le temps pour répondre à ton mail, après une journée de dimanche de solidarité entre amis : des visites à des connaissances qui ont eu des personnes décédées et surtout, la récupération des affaires d'un de nos amis dont la maison a été détruite et dont la femme et les enfants (français) sont partis d’urgence jeudi. Lui, haïtien, est resté et loge chez nous depuis... Pas facile émotivement ; retour à la maison plus tard que prévu cet après-midi, la circulation dans Port-au-Prince étant passablement embouteillée par endroits. De retour à la maison, organisation familiale puis séance email...
Une rencontre émouvante avec l’équipe d’Helvetas Comme je l'écrivais plus haut, nous aurons demain à 9h une première rencontre avec toute l'équipe ou au moins ceux qui auront pu arriver au bureau. (Le bureau même – d’ailleurs – est sans dessus-dessous et nous ne sommes pas encore certains de pouvoir l'utiliser. Demain un expert en statique devrait passer dans nos locaux et donner un avis sur l'état du bâtiment). Lors de la rencontre avec l’équipe, je compte d'abord prendre un moment pour des échanges sur la situation de chacun et un partage "d'émotions" entre nous. Ensuite, je compte aussi demander quels sont les problèmes majeurs et immédiats auxquels ils font face individuellement et familialement. Je pense qu'un appui financier immédiat sera nécessaire pour qu'ils puissent faire face à la fois aux dépenses liées aux dégâts qu'ils ont subis, aux solidarités familiales et de voisinage qu'ils ont tous mis en œuvre dès les premiers jours et aux coûts exorbitants de la vie quotidienne ces prochains jours et semaines (déjà maintenant, les prix des rares produits que l'on peut trouver sur le marché ont sérieusement augmentés.) Une aide spéciale pourrait aussi être envisagée pour les personnes qui ont perdu leur maison, 5 selon ce que je sais à l'heure actuelle.
Provisions et communication; appui à la DDC Je réfléchis aussi à la possibilité de faire acheter des provisions alimentaires et de première nécessité en République Dominicaine et d'assurer un transport par camion vers Haïti. On pourrait demander à R. B, de faire les achats selon une liste que je pourrais lui transmettre et d'amener le tout vers la frontière. Ensuite, un transporteur haïtien prendrait la cargaison et viendrait en Haïti. Evidemment, il se pose des questions de sécurité et nous devons y réfléchir. Pour le moment, ce n'est qu'une idée. Pour nos communications, je ne suis pas sûr qu'il soit nécessaire de penser à un tél. satellite: selon les gens de la Direction du développement et de la coopération (DDC) qui sont venus, il y a actuellement tellement d'utilisateurs que les fréquences sont saturées. J’ai trouvé 20 téléphone portables + des cartes de recharge d'une compagnie locale pour les besoins de communication des collaborateurs entre eux... Pour d'autres besoins, il faut d'abord que je voie ce qui ressort de la réunion de demain avec mes collègues. Pour ce qui concerne les contacts avec les organisations suisses en Haïti, je n'en ai pas encore pris, trop occupé à régler d'autres priorités et ayant rapidement fait l'option de nous mettre en contact avec la DDC / AH (Aide Humanitaire), plus rapidement opérationnelle.
Possibilités d’actions – un contexte plus que difficile Si les conditions le permettent, certains cadres essaieront d'aller sur le terrain pour confirmer que les zones d'intervention de Helvetas/Haïti ne sont effectivement pas touchées et faire des premières discussions sur les perspectives possibles des prochains mois. Cela dépend aussi de la capacité des membres de l'équipe à travailler dans les conditions actuelles de Port-au-Prince. A court terme, je crois que nous avons des possibilités d'action liées à la catastrophe : dans l'immédiat à Port-au-Prince en association avec la DDC, puis dans les zones de travail en lien avec le retour dans les campagnes de milliers de personnes fuyant Port-au-Prince. Ce qui est pour moi encore totalement incertain et obscur, c'est l'évolution du contexte... Je ne sais pas du tout si les collègues seront en mesure de travailler et je ne sais pas non plus si certains d'entre eux ne quitteront pas le pays. Je ne vois pour le moment pas non plus comment nous pourrons résoudre les problèmes de carburant, d'énergie, de logistique en général puisque tout est par terre à Port-au-Prince... Et, si nous trouvons des solutions à ces problèmes pour le travail de Helvetas/Haïti, comment se débrouilleront les collaborateurs dans leurs vies quotidiennes et familiales (il n'y a par exemple pratiquement plus une école debout à Port-au-Prince)?
Face à cela, j'espère d'une part avoir des réponses demain. Mais, je crois surtout que nous devons adopter une attitude qui nous laisse prendre des dispositions / décisions par étapes. Pour le moment, mon objectif est de voir comment vont se passer les deux prochaines semaines et d'utiliser ce temps pour comprendre mieux ce qui peut être fait ensuite. Nous pourrons peut-être alors prendre des décisions pour un mois ou deux. Et ainsi de suite. Cela me paraît absolument indispensable car ce qui est arrivé à Port-au-Prince n'est jamais arrivé ailleurs au cours des 60 dernières années.
Aucune transaction bancaire La question d'argent est pour moi le plus gros souci dans l’immédiat. Grosso modo, Helvetas/Haïti dispose à court terme d’une somme suffisante sur les comptes bancaires. Mais, les banques sont non fonctionnelles depuis le séisme et leurs infrastructures ont subi de gros dommages ; elles déplorent en outre beaucoup de décès parmi leurs cadres dirigeants et techniques. Nous sommes donc tous individuellement à court d'argent liquide, tout comme l'institution Helvetas/Haïti (pour obtenir les téléphones portables pour la DDC - et aussi pour mes collègues, j’ai dû faire jouer mes contacts personnels hauts placés dans la compagnie pour qu'ils acceptent d'être payés par chèque...). Selon un contact que j'ai eu aujourd'hui avec un ami haïtien, conseiller économique du gouvernement, les banques ne seront certainement pas fonctionnelles avant plusieurs jours... Trouver une solution pour que nous puissions disposer de liquidités en Haïti est prioritaire. Comment, je ne vois pour le moment pas encore de solution … ce qui est le cas dans tant d’autres domaines.
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