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Quatrième rapport de Bernard Zaugg, directeur du programme Helvetas en Haïti, 14 janvier 2010, 22.00, heure locale



 
Extraits de l'e-mail de Bernard Zaugg
 
3e nuit dans la voiture devant la maison, la dernière je l'espère, mais les risques de répliques sismiques demeurent selon les informations que j'ai pu entendre. Une famille d’amis haïtiens  s’est réfugiée chez nous. 

Aujourd'hui, j'ai pris un peu de temps pour organiser notre logistique familiale: faire le point sur nos provisions en produits de base (alimentaires surtout) et décider de notre organisation ces prochains jours. Pour la semaine qui vient, on devrait pouvoir se débrouiller sans trop de soucis mais il va falloir que nous traitions l’eau de notre citerne avec du chlore pour la boire, l'approvisionnement en eau traitée n'étant plus du tout assuré.

Problème de liquidités : les banques ne sont pas prêtes de réouvrir leurs portes dans le chaos ambiant... Il va falloir que nous trouvions une solution et faire fonctionner les réseaux informels, personnels ou autres pour voir ce qui est possible! 

Nouvelles de l’équipe d’Helvetas: 
En milieu d'après-midi, je suis redescendu à PAP avec ma femme et des voisins, à la recherche de nouvelles de collègues et d'amis avec qui nous n'avions pu entrer en contact par téléphone. Concernant l'équipe HH, j'ai pu trouver Guilaine notre secrétaire, devant les ruines de sa maison, comme tous les habitants du quartier où elle réside d'ailleurs (effroyable de voir l'étendue des dégâts dans cette zone; 80% au moins des constructions sont détruites...).. Elle a effectivement tout perdu et dort dans la rue ou chez des proches depuis ces derniers jours. Bonne nouvelle: on a réussi à retirer son beau-père des décombres, miraculeusement en vie, après 15h passées coincé sous le toit écroulé; il a ... 85 ans!  J'ai enfin eu des nouvelles d'un gardien du bureau, dernière personne sur qui je ne savais rien du tout: il est sain et sauf de même que sa famille proche. Il reste deux personnes, Mathias et Franck pour qui je n'ai pas de nouvelles depuis mardi soir mais que je sais en vie. 


Désolation, chaos et centaines de milliers de personnes dans le plus grand dénuement 
Cette tournée nous a tous à nouveau bouleversé: l'immensité et l'ampleur des destructions est vraiment incroyable. Des quantités de personnes sont encore ensevelies sous les décombres, mortes ou vivantes sans qu’il ne soit possible de faire quoi que ce soit, en l’absence de moyens d’interventions. Il ne reste vraiment pas grand chose debout (dans certains quartiers le 80% des habitations est détruite) et on se demande vraiment, vraiment, comment chacun, tous, le pays va pouvoir faire face. Tout est d'abord à démolir, à évacuer puis à reconstruire. Une tâche gigantesque, titanesque avec des moyens d'on ne sait pas d'où ils viendront! Et d'ici là, il faudra survivre, s'organiser dans le chaos et la désolation ambiante! Et pour le moment, cette survie est vraiment aléatoire et fragile puisque, encore aujourd'hui, je n'ai pas vu de secours en voie d'être acheminés aux centaines de milliers de gens dans les rues qui vont passer une troisième nuit dehors. On est informée que des secours sont arrivés à PAP mais quant seront-ils disponibles et que représentent-ils devant l'immensité des besoins, je n'en sais trop rien. 

Ruée vers la campagne et évacuation des expatriés.


Et puis, autre phénomène aujourd'hui, les départs, la fuite! Pour les locaux et les plus pauvres, c'est la ruée vers les campagnes, « la province » comme on dit ici. Les gares routières sont littéralement prises d'assaut et une foule de personnes cherchent à regagner leurs lieux d'origine. Il est vrai que cette situation s'est déjà produite au moins deux fois ces dernières années, en cas de crise grave. Et puis, pour les étrangers, ce sont aussi des départs et des évacuations: je connais personnellement des dizaines de familles d’expatriés qui sont évacuées, partant en catastrophe devant la situation actuelle. Par exemple, tous les enseignants expatriés du lycée français qui accueille les enfants des expatriés sont partis. 
Qui va gérer ce qu'il y aura à gérer demain, après demain? Rencontre avec l’ambassadeur de Suisse 
Demain matin (vendredi 15), je rencontrerai l'ambassadeur de Suisse. Je discuterai avec lui de l'organisation de la "réaction suisse" face à la situation et de notre disponibilité à mettre nos ressources humaines - compétentes, nos outils de travail et nos véhicules au service de l'urgence et de l'humanitaire à PAP, dans le cadre de structures sérieuses. A voir ! 

 
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